Discours pour la Commémoration officielle du 11 novembre 2018

Discours pour la Commémoration officielle du 11 novembre 2018

Il y a cent ans, la victoire de la France et de nos alliés mettait fin à une guerre longue et cruelle.

Aujourd’hui, partout dans le pays, toutes les générations (nous le voyons ici), sont rassemblées pour un hommage aux Morts pour la France.

Les hommes partaient pour une guerre qu’on annonçait rapide. Les premières correspondances des soldats à leurs familles promettaient un retour pour Noël.

4 milliards de lettres et de cartes postales ont été acheminées entre les soldats et leurs proches, la Poste française mettant en œuvre cette incroyable « ligne de vie » entre les combattants et leurs familles. Parmi les « poilus épistolaires », Martin Vaillagou, père de deux enfants, dirigeant d’une entreprise de maçonnerie en Ile-de-France. Un soldat parmi tant d’autres. Il part à la guerre à l’âge de 39 ans et échange régulièrement avec ses deux garçons, Maurice et Raymond. C’est Maurice, qui dans une lettre, innocent et vindicatif, lui demande de lui rapporter « un casque de Prussien ».

Son père lui répond :
« Pour le casque de Prussien, cela n’est pas sûr. Ce n’est pas maintenant le moment d’aller les décoiffer. Il fait trop froid, ils pourraient attraper la grippe. Et puis, mon pauvre Maurice, il faut réfléchir que les Prussiens sont comme nous. Vois-tu qu’un garçon Prussien écrive à son père la même chose que toi et qu’il lui demande un képi de français, et si ce papa Prussien rapportait un képi de Français à son petit garçon et que ce képi fut celui de ton papa ? Qu’est-ce que tu en penses ? Tu conserveras ma lettre et tu la liras plus tard quand tu seras grand. Tu comprendras mieux. »

Martin ne ramènera pas de casque Prussien ; il ne reviendra pas de la guerre.

Sa tempérance est louable. Au milieu des combats, dans l’enfer de la vie au front, cet homme a gardé une remarquable humanité. C’est cette remarquable humanité, présente dans la leçon de vie qu’il laisse en héritage à son fils, qui sera le socle de la réconciliation. Le Prussien, l’ennemi, il est en fait comme nous.

Bien sûr, aujourd’hui, il y a le souvenir de la victoire, mais c’est l’armistice que nous commémorons. Certes, nous rendons hommage à nos morts, mais surtout, nous célébrons la Paix qui seule nous rend digne de nos morts et de leur sacrifice ultime.

En ce moment, chacun d’entre nous porte en son cœur une pensée pour un lointain membre de sa famille tombé au combat. J’ai pour ma part une pensée pour le Lieutenant Pierre Demotes-Mainard. Il est mort dans la bataille de la Somme en 1916 à l’âge de 31 ans, laissant derrière lui 5 enfants. Ma grand-mère, qui est enterrée à quelques mètres d’ici, ne l’a jamais connu. C’était mon arrière-grand-père.

Il est mort pour quoi ?

En fait, il est mort nous. Il était soldat et voulait que flotte encore ce drapeau. Bleu Blanc Rouge, et tout ce que cela représente. Il voulait une France libre. Il voulait une Europe en Paix.

Quel rude combat que celui de la Paix.

Georges Clemenceau le disait :
« Il est plus facile de faire la guerre que la paix. »

La Paix nous élève. La Paix exige de l’Homme le meilleur, et ce n’est pas forcément le plus facile. Le sacrifice de nos aïeuls nous oblige. A résister aux démagogies anciennes, et aux populismes sur le retour, de toujours trouver la faute chez l’autre. La Paix est un choix, et c’est en conscience que les Européens ont décidé de devenir une communauté de destin.

La Paix n’est jamais acquise.

Plutôt que la guerre, la Paix demeure un combat, mais c’est un combat parfois contre nous-mêmes.

« Vigilance » nous interpelle justement le Président de la République dans son discours à la Nation ce jour. Vigilance…

Regardez-donc tous ces noms sur notre monument aux morts… Ne comptez pas, il y en a 403. Demain, ce pourrait être vos enfants. Alors oui, vigilance.

C’est pour cela que ces moments de communion républicaine sont essentiels. C’est pour cela que le devoir de mémoire doit fidèlement être honoré. C’est pour cela, enfin, que nous devons nourrir continuellement, et concrètement, la Paix. Cette cérémonie vient clôturer 3 jours de commémorations en présence de nos amis des villes jumelles de Constance, en Allemagne, et de Richmond, en Angleterre. Je tiens encore à les remercier chaleureusement de leur présence, si symbolique. Depuis 3 jours, ils ont participé à tous nos événements : exposition, concert, marche aux lampions, veillée. Nous apprenons et nous enrichissons de nos différences. Parfois nous en rions aussi, c’est vrai. Mais surtout, nous continuons à bâtir des projets, des passerelles, essentiellement en direction de nos jeunesses.

Ils ont vu, nos amis de Constance et de Richmond, la formidable participation de la jeunesse de Fontainebleau tout au long de ces trois jours. Du fond du cœur, je veux remercier tous ces enfants, adolescents qui ont tellement apporté à la réussite de ces manifestations. Leur présence seule suffit à donner tout son sens à tout cela. Merci à leurs professeurs, aux directeurs des établissements, aux parents… de les avoir accompagnés.

Notre destin nous appartient. Nous le savons. Les enfants, eux, l’apprendront vite. Alors puisque notre destin nous appartient, restons des acteurs vigilants de la Paix et de la Fraternité.

Vive la République, vive la France, vive l’Europe.

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