Discours – Cérémonie de la Fête Nationale – 13 juillet 2019

Madame la Préfète,
Monsieur le Sénateur, Cher Pierre,
Monsieur le Président du Conseil départemental, Cher Patrick,
Madame la Présidente du Tribunal de Grande Instance,
Monsieur le Procureur de la République,
Mesdames et Messieurs les maires et élus,
Mesdames et Messieurs les Officiers et représentants des forces armées,
Mesdames et Messieurs les représentants des corps constitués,
Mesdames et Messieurs les anciens combattants et portes drapeaux,
Mesdames et Messieurs,

Dans l’exercice de mon mandat de maire, ces cérémonies de la Fête Nationale constituent pour moi un des moments les plus importants mais aussi les plus intenses.

D’abord, parce que Fontainebleau a le privilège rare d’ouvrir ces cérémonies par un défilé militaire. Un défilé que nous avons nous-même, avec mon équipe municipale, souhaité remettre au goût du jour, il y a maintenant quelques années. Il y a à Fontainebleau une tradition du défilé militaire, une tradition très ancienne dans cette ville qui depuis des siècles est ville de garnison, mais une tradition qui avait disparu dans les années 90, avec la dissolution ou le départ de plusieurs unités.

Ce défilé est aussi important car, du fait de la présence comme chaque année de militaires de la Bundeswehr, il vient symboliser la dimension profondément européenne de notre Ville. De la même manière, cette Marseillaise chantée par les jeunes américaines des Ecoles d’art américaines est une autre tradition de nos cérémonies.

Merci de leur présence, et grâce à eux, Fontainebleau, l’une des capitales historiques de notre pays, ville dont l’ADN est à ce point européen, est aussi une ville tournée vers le monde, accueillante et tolérante, ouverte à toutes ces cultures qui viennent nous enrichir. Merci au aux musiciens de l’Union musicale de Fontainebleau, et a tous ceux qui ont permis d’organiser cette cérémonie.

Les militaires qui défileront dans quelques instants, nous font l’honneur de leur présence. Mais c’est surtout l’occasion, pour nous, d’honorer leur engagement au service de la Nation.

Merci aux femmes et aux hommes de l’École de Gendarmerie de Fontainebleau, du Centre National des Sports de la Défense, du Groupement du Commandement Allemand en France, du régiment de cavalerie de la Garde républicaine, ainsi qu’aux Sapeurs-Pompiers du Centre d’incendie et de secours de Fontainebleau.

Nous célébrons le 14 juillet, la Fête Nationale, mais que célébrons-nous réellement ?

Des symboles d’abord et avant tout. D’abord, le symbole celui de la prise de la Bastille de 1789, et de ce jour où un peuple décide de devenir acteur de son propre destin politique. Un autre symbole, celui de la Fête de la Fédération de 1790, lorsque, dans un climat d’union nationale, le roi Louis XVI prête serment à la Nation.

Puis, la République est proclamée, c’est-à-dire que le peuple s’approprie la chose publique et se dote d’institutions progressivement démocratiques. Pour l’affirmer et l’incarner, notre Nation fait sienne la devise « Liberté, Égalité, Fraternité » et la grave sur les frontons des bâtiments publics.

La Fête nationale c’est donc fêter des symboles, mais des symboles bien vivants ! Votre présence nombreuse le démontre : il est essentiel de toujours rester mobilisés et unis pour faire vivre ses valeurs, celles de la Révolution, devenues ensuite celles de la Nation toute entière.

Aujourd’hui, tous les principes qui découlent de ces valeurs fondent la philosophie qui nous rassemble : les Droits de l’Homme et du Citoyen, la liberté de la presse, la liberté d’association, l’école obligatoire et gratuite, la séparation des Églises et de l’État, la laicité, la liberté syndicale, le suffrage universel…

Ces principes fondent le quotidien de notre Nation : nous ne vivons pas en clans, en communautés, mais nous faisons le choix de nous rassembler sous ces valeurs universelles et supérieures à nos croyances et intérêts particuliers.

Il nous faut nous rappeler combien ce pacte est précieux. Aussi précieux que l’air que nous respirons. Comme l’oxygène, c’est quand il se raréfie que l’on prend pleinement conscience de l’infini valeur de notre Pacte républicain.

En ces temps où l’intolérance et diverses formes d’intégrismes veulent mettre à mal ces valeurs, la fête nationale du 14 juillet est un moment de citoyenneté pour redire notre attachement à la République.

Parce que rien n’est jamais totalement acquis, nous nous rassemblons pour le réaffirmer. Nos fêtes nationales, toutes les commémorations du Souvenir, sont essentielles à la vie de la Nation, et plus particulièrement à la formation des citoyens. C’est pour cela que je suis toujours très sensible à la présence de jeunes dans le public. Je tiens notamment à saluer la présence de jeunes élus représentant le CMJ, ainsi que de jeunes Sapeurs Pompiers.

Avant de conclure et de laisser place au défilé, je veux rappeler que le 14 juillet est avant tout une fête !

Partout en France, des feux d’artifices, des fêtes de village. Nous fêtons la République !

La République est une éthique, un certain vivre ensemble, une volonté de partager des règles communes, de s’y retrouver, s’y reconnaître, s’y raccrocher lorsque nécessaire.

La République est une exigence, oui, mais de belles valeurs comme la Liberté et l’Égalité doivent se fêter. Et le faire ensemble fait vivre la Fraternité !

Vive Fontainebleau,
Vive la République,
Vive la France !

Discours – 75 ème anniversaire de l’assassinat de Georges Mandel en forêt de Fontainebleau (7 juillet 2019)

Je veux tout d’abord vous remercier tous d’être là aujourd’hui. Toutes les personnalités que j’ai citées, toutes les organisations dont j’ai rappelé la présence, ceux qui parfois sont venus de loin parce qu’ils tenaient à ce jour.

Ces remerciements ne sont pas de pure convenance. Ces remerciements viennent du cœur et sont à mes yeux d’autant plus justifiés et sincères qu’ils font apparaître en relief le petit nombre que nous sommes ce matin.

N’ayons pas peur des mots. Nous sommes un petit nombre, nous sommes même un trop petit nombre. Sa famille bien sûr, un sous-préfet, un maire, l’un de ses biographes, fut-il le plus talentueux…, ensemble, soyons lucides, ne formons-nous pas un bien modeste attelage, de biens maigres troupes, pour un si grand homme, pour un si grand destin ?

Célébrons-nous un héros local ? Célébrons-nous un anonyme, fut-il brave, héros ou martyr, comme ces otages, fusillés de la Plaine de Chanfroy, dont nous commémorons chaque année l’exécution à quelques kilomètres d’ici, en plein forêt de Fontainebleau ?

Nous sommes là certes. Mais est-ce bien là le juste hommage que notre République et ses institutions, que notre Nation dans son ensemble, devrait rendre à Georges Mandel ?

Est-ce la marque du juste hommage que la France devrait rendre à ce qu’il fut, à ce que fut son parcours politique, parlementaire et ministériel, à ce qu’il représenta, lui qui, d’un côté, fut honni, vomi même, par le régime de Vichy et tous les zélés suppôts du régime nazi, et de l’autre, symbolise l’esprit de résistance ?
Georges Mandel n’est-il pas à tout jamais « le Premier résistant de France » comme n’a cessé après la Guerre de le répéter Léon Blum, celui qui fut pendant 14 mois enfermé dans la même prison que Georges Mandel, celui qui aurait pu être choisi pour être tué à sa place lorsqu’il a fallu choisir une victime qui fut en même temps un symbole, en représailles de l’assassinat du vichyste Philippe Henriot par la Résistance ?

Cher Jean-Noel Jeanneney, à qui je voudrais redire à quel point je suis très sensible et touché par sa présence ce matin, vous écriviez en 1991 qu’« un demi siècle après sa mort encore, la mémoire de Mandel n’a pas laissé beaucoup de traces ». Si vous deviez reprendre aujourd’hui ce paragraphe des dernières pages de votre ouvrage, sans doute votre plume serait-elle plus dure encore, constatant que 25 années après, pour ce 75ème anniversaire de son assassinat, la République n’a pas plus ouvert les yeux sur l’apport de Georges Mandel, la force de son parcours et, au final, la trace qu’il a laissé.

Faudra t-il attendre le centenaire de ce lâche assassinat pour qu’un Hommage national soit rendu à cet homme-là ? Quelle date anniversaire faut-il attendre pour qu’au plus haute de notre République, les représentants des institutions qu’il a servi, qu’elles soient de l’Etat ou du Parlement, viennent ici, fouler l’herbe où il est mort, pour dire avec leurs mots ce que la France doit à Georges Mandel.
Un homme, nous le savons, qui, s’il a été jugé comme ayant manqué d’à-propos, de réactivité ou de sens de la manœuvre pendant les heures folles de mai-juin 1940, n’en reste pas moins le plus lucide de nos responsables politiques tout au long des années 30 sur cette inéluctable guerre avec l’Allemagne nazie qu’il voyait poindre.

Il restera aussi pour toujours comme l’un des plus engagés dans l’idée d’alliance avec l’Angleterre. Il restera comme celui qui, avant le gaullisme, fera souffler l’esprit de résistance au nom de son amour de sa patrie, mais aussi de son attachement féroce aux valeurs de cette République qu’il a tant servie et qu’il vénérait.
Ici, là ou nous nous dressons, c’est un homme qui a été lachement assassiné, mais c’est surtout un symbole. « La milice, expliqua Jacques Chirac en 1985, assassina l’homme qu’elle considérait comme le symbole le plus éclatant de la France qui dit non à l’abjection. »

Son parcours a été rappelé. Georges Mandel était un visionnaire, un réformiste, à l’esprit moderniste, très intéressé par la technologie. Il deviendra ministre, notamment des PTT, et fera d’une modeste administration technique un grand service public.

Georges Mandel a aussi été le premier parlementaire à comprendre le projet fondamental du nazisme, le premier à prévoir que Hitler préparait son pays à une guerre contre l’Europe. Dès novembre 1933, dans un discours, qui avec le recul de l’Histoire est impressionnant de lucidité, il alerte la Chambre des députés et l’opinion. La classe politique restera sceptique et la France passive.
Il faut lire, mais ici beaucoup les connaissent les pages que consacre le général de Gaulle dans ses Mémoires à ces jours de juin 1940 et à Georges Mandel. C’est Georges Mandel qui, lui disant « Vous aurez de grands devoirs à remplir », l’a envoyé le 14 juin 1940 représenter la France libre à Londres… Trois jours après, Mandel était arrêté une première fois, au moment même où Pétain constitue son gouvernement. Quatre jours après, c’est l’appel du 18 juin !

Prison, déportation, prison. Quatre ans de captivité. Jusqu’à ce 7 juillet 1944 où il est livré à la Milice et emmené en forêt de Fontainebleau. On est à quelques jours, quelques semaines de la fin de la guerre. Georges Mandel est assassiné, ici, une rafale de pistolet-mitrailleur, dans le dos, puis de deux balles dans la tête.
Permettez-moi de m’adresser aux plus jeunes. Vous l’avez bien compris : nous célébrons un homme a été assassiné ici, juste ici. Assassiné par qui ? Il a été tué par des Français, certes par des « ennemis de la France », comme l’indique la stèle devant laquelle nous sommes. Mais la mention est ambiguë, et c’est sans doute regrettable. Ces ennemis de la France n’étaient pas des soldats du régime nazis. Ils étaient des Français engagés au service de ce régime ennemi.

Au-delà, vous ne devez jamais oublier que l’ennemi, c’est l’intolérance et la haine. La République n’est jamais à l’abri. Faire vivre le souvenir c’est, en conscience, renouveler le pacte républicain et en faire vivre ses valeurs. Vous voyez autour de vous aujourd’hui des portes drapeaux. C’est à ceux qui ont servi ces drapeaux que nous devons tous, notre liberté.

Que vive la mémoire de Georges Mandel,
Que vive à tout jamais la mémoire des héros de cette guerre contre le nazisme,
Que vive à jamais les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité,

Vive la République, Vive la France.

Rassemblement pour la Fraternité et la Tolérance – 22 février 2019

Discours de Frédéric VALLETOUX
Maire de Fontainebleau

Monsieur le Sous-Préfet,
Monsieur le Sénateur,
Monsieur le Président du Conseil départemental,
Mesdames et Messieurs les maires et élus,
Madame et Messieurs les représentants des cultes,
Chères Bellifontaines, Chers Bellifontains,
Chers amis,

Un jour de semaine, à un horaire auquel beaucoup de gens ne sont pas encore rentrés du travail ou rentrent à peine, ou voudraient commencer le week-end voire partir en vacances, avec seulement 48 heures pour communiquer sur l’organisation de cet événement… Je suis ému de vous voir si nombreux.
Je remercie les représentants des cultes qui ont tout de suite répondu présent à mon appel au rassemblement. Vous venez de les entendre, tous leurs mots sont si justes, empreints de gravité mais surtout de sagesse, d’apaisement et d’espoir.

J’ai voulu que nous nous rassemblions : élus, représentants de tous les cultes, forces vives, citoyens.
J’ai voulu que nous nous rassemblions pour se dire, répéter, réfléchir et s’imprégner au plus profond de nous-même de ses mots tellement simples que parfois on se demande si on n’en minimise pas le sens et leur importance : Liberté, Égalité, Fraternité, Tolérance, Unité, Paix…

Ces mots sont frappés sur toutes les mairies de France. Ils forment pour certains d’entre eux notre devise, celle de la République. Ces mots, et leur sens, sont appris dans nos écoles. La Fraternité, la Tolérance, la Paix, le Respect… Ces mots, et bien d’autres qui décrivent une même réalité, sont dans nos textes religieux, dans nos grands textes républicains comme la Déclaration des droits de l’Homme.
En revanche, l’intolérance, la haine de l’autre, l’antisémitisme, mais au-delà la haine par dogme de telle ou telle religion s’expriment désormais à visage découvert, et face caméra, ou alors sans filtre sur tous les réseaux sociaux, méprisant notre Histoire, piétinant nos valeurs, insultant notre Présent et, surtout, voulant anéantir notre Avenir commun.

Nous allons dans quelques minutes planter un Olivier, un arbre bien vivant et fort en symboles. La déesse Athéna, dans l’Antiquité, fit sortir de terre un Olivier représentant la force et la victoire.
Je suis convaincu que nous vaincrons tous les racismes, je suis un humaniste, je suis un optimiste, mais c’est un combat de tous les instants. Notre arbre poussera haut, et fort, et nous rappellera les valeurs fondamentales qu’on lui donne, à chaque fois que nous passerons devant. Les plus jeunes, présents ce soir, raconteront peut-être un jour, à leurs propres enfants, avoir été là le jour où il a été planté, et seront à leur tour transmetteur d’un message de Paix.

Car l’Olivier, bien sûr, est aussi symbole de Paix.
Après des siècles de guerre, nous connaissons depuis 70 ans une période de paix unique dans l’histoire de l’Europe. Nous ne savons donc que trop, que la Guerre est plus facile que la Paix, que la Haine est plus facile que la Tolérance, que l’Ignorance est plus facile que la Bienveillance. La Paix n’est pas spontanée. C’est une construction. Il a fallu surpasser les orgueils et les rancoeurs. Il a fallu se donner la main, entre religions, entre patriotes opposés, entre ennemis d’hier.

De la même manière, il ne faut rien céder à l’antisémitisme. Les faits de ces dernières semaines sont insupportables. La pensée qui les anime a déjà produit le Pire, on le sait, et je le dis avec d’autant plus de force que, là…, ici…, nous ne plantons cet arbre à n’importe quel endroit.
Nous plantons cet arbre au coeur de Fontainebleau, sur sa plus grande place, où chaque jour des centaines, voire des milliers de Bellifontains, passent, se retrouvent ou viennent faire leur marché
Nous plantons cet arbre place de la République, pour associer pour toujours la Paix et la République, l’espérance de la Paix et les valeurs de notre République.
Nous plantons cet arbre en bordure d’un square, au plus près des plus jeunes et des familles, pour que ce symbole de paix soit partie intégrante de ces belles images de jeunesse qui ensuite nous accompagnent toute une vie.
Nous plantons cet arbre dans un square qui porte le nom du Commissaire Calas, du nom du commissaire de police Auguste Calas, commissaire de Fontainebleau au moment de la Seconde guerre mondiale, résistant actif, il sera dénoncé, arrêté, déporté. Il meurt en déportation le 20 avril 1945, d’avoir aidé des enfants juifs. Parce qu’à l’époque, on disait « Mort aux Juifs ». Quand je l’entends aujourd’hui, je frémis et je condamne.
Nous plantons cet arbre, enfin, en proximité d’une Eglise qui est le plus grand édifice religieux de notre Ville et l’un de ses joyeux patrimoniaux. Cette Eglise qui rappelle aussi les racines profondes de l’Histoire de notre pays et cette originalité précieuse de notre pays, la France, d’avoir érigé en principe cardinal de notre République le principe de laïcité, cette laïcité qui accorde à chacun d’entre nous, et dans le respect de tous, la liberté de croyance et de culte. Et c’est d’ailleurs avec les représentants des différents cultes de notre ville que j’ai choisi de planter cet arbre de Paix pour qu’il sème la fraternité.

Nous le savons, nous l’entendons ce soir, Fontainebleau est une ville qui incarne les valeurs universelles de la France. Ville d’ouverture, de partage et de rencontre, où la différence est une richesse. Ville européenne et internationale s’il en est.
Nous allons planter ensemble cet Olivier. Ensuite, chacun, selon ses croyances, pourra marquer un temps, de silence républicain ou de prière. Par ce geste, nous condamnons ensemble la pesante atmosphère d’un regain décomplexé d’antisémitisme, les attaques contre les cimetières, les mots odieux, les gestes inacceptables, les attaques à la mémoire de Simone Veil, les lâches profanations, et je n’oublie pas les centaines de dégradations dans nos églises …

Nous redisons ce soir notre volonté de vivre ensemble, en harmonie, en paix. Pas à côté les uns des autres, mais ensemble, les uns avec les autres !
Ensemble vraiment.
Ensemble unis.
Ensemble dans la Paix.

Chacun doit prendre ses responsabilités

Oui, je souhaite que les gilets jaunes ne manifestent pas ce week-end.

Pas d'”acte 5″ alors que notre pays est en deuil. Inutile de faire de long discours : les forces de sécurité, partout, sont en état d’alerte.

La semaine dernière, j’appelais solennellement chacun à ses responsabilités. Les manifestations ont malgré tout eu lieu et ce fut la porte ouverte aux casseurs, à Paris comme dans de nombreuses villes…

Désormais, mon appel se fait plus ferme.

Face à l’obscurantisme, et comme nous avons déjà su le faire au cours des dernières années, la Nation doit se montrer unie, soudée, solide. Au-delà des souffrances, des frustrations et des désaccords, qu’il ne s’agit pas pour moi de dénigrer ou de minimiser, aujourd’hui tous les républicains de France ont d’abord un ennemi commun à combattre, le terrorisme.

Dans ce contexte, et alors que nous savons que cette période des fêtes de fin d’année est plus particulièrement sensible, il serait irresponsable de contraindre l’État à mobiliser nos forces de sécurité ailleurs qu’à la protection des français.

Les conditions ne sont pas réunies pour prolonger le désordre, ni même pour manifester sincèrement samedi prochain. Inciter à le faire est dangereux et destructeur. Totalement irresponsable même.

J’en appelle à la conscience de chacun et au rassemblement de tous.

Discours pour la Commémoration officielle du 11 novembre 2018

Discours pour la Commémoration officielle du 11 novembre 2018

Il y a cent ans, la victoire de la France et de nos alliés mettait fin à une guerre longue et cruelle.

Aujourd’hui, partout dans le pays, toutes les générations (nous le voyons ici), sont rassemblées pour un hommage aux Morts pour la France.

Les hommes partaient pour une guerre qu’on annonçait rapide. Les premières correspondances des soldats à leurs familles promettaient un retour pour Noël.

4 milliards de lettres et de cartes postales ont été acheminées entre les soldats et leurs proches, la Poste française mettant en œuvre cette incroyable « ligne de vie » entre les combattants et leurs familles. Parmi les « poilus épistolaires », Martin Vaillagou, père de deux enfants, dirigeant d’une entreprise de maçonnerie en Ile-de-France. Un soldat parmi tant d’autres. Il part à la guerre à l’âge de 39 ans et échange régulièrement avec ses deux garçons, Maurice et Raymond. C’est Maurice, qui dans une lettre, innocent et vindicatif, lui demande de lui rapporter « un casque de Prussien ».

Son père lui répond :
« Pour le casque de Prussien, cela n’est pas sûr. Ce n’est pas maintenant le moment d’aller les décoiffer. Il fait trop froid, ils pourraient attraper la grippe. Et puis, mon pauvre Maurice, il faut réfléchir que les Prussiens sont comme nous. Vois-tu qu’un garçon Prussien écrive à son père la même chose que toi et qu’il lui demande un képi de français, et si ce papa Prussien rapportait un képi de Français à son petit garçon et que ce képi fut celui de ton papa ? Qu’est-ce que tu en penses ? Tu conserveras ma lettre et tu la liras plus tard quand tu seras grand. Tu comprendras mieux. »

Martin ne ramènera pas de casque Prussien ; il ne reviendra pas de la guerre.

Sa tempérance est louable. Au milieu des combats, dans l’enfer de la vie au front, cet homme a gardé une remarquable humanité. C’est cette remarquable humanité, présente dans la leçon de vie qu’il laisse en héritage à son fils, qui sera le socle de la réconciliation. Le Prussien, l’ennemi, il est en fait comme nous.

Bien sûr, aujourd’hui, il y a le souvenir de la victoire, mais c’est l’armistice que nous commémorons. Certes, nous rendons hommage à nos morts, mais surtout, nous célébrons la Paix qui seule nous rend digne de nos morts et de leur sacrifice ultime.

En ce moment, chacun d’entre nous porte en son cœur une pensée pour un lointain membre de sa famille tombé au combat. J’ai pour ma part une pensée pour le Lieutenant Pierre Demotes-Mainard. Il est mort dans la bataille de la Somme en 1916 à l’âge de 31 ans, laissant derrière lui 5 enfants. Ma grand-mère, qui est enterrée à quelques mètres d’ici, ne l’a jamais connu. C’était mon arrière-grand-père.

Il est mort pour quoi ?

En fait, il est mort nous. Il était soldat et voulait que flotte encore ce drapeau. Bleu Blanc Rouge, et tout ce que cela représente. Il voulait une France libre. Il voulait une Europe en Paix.

Quel rude combat que celui de la Paix.

Georges Clemenceau le disait :
« Il est plus facile de faire la guerre que la paix. »

La Paix nous élève. La Paix exige de l’Homme le meilleur, et ce n’est pas forcément le plus facile. Le sacrifice de nos aïeuls nous oblige. A résister aux démagogies anciennes, et aux populismes sur le retour, de toujours trouver la faute chez l’autre. La Paix est un choix, et c’est en conscience que les Européens ont décidé de devenir une communauté de destin.

La Paix n’est jamais acquise.

Plutôt que la guerre, la Paix demeure un combat, mais c’est un combat parfois contre nous-mêmes.

« Vigilance » nous interpelle justement le Président de la République dans son discours à la Nation ce jour. Vigilance…

Regardez-donc tous ces noms sur notre monument aux morts… Ne comptez pas, il y en a 403. Demain, ce pourrait être vos enfants. Alors oui, vigilance.

C’est pour cela que ces moments de communion républicaine sont essentiels. C’est pour cela que le devoir de mémoire doit fidèlement être honoré. C’est pour cela, enfin, que nous devons nourrir continuellement, et concrètement, la Paix. Cette cérémonie vient clôturer 3 jours de commémorations en présence de nos amis des villes jumelles de Constance, en Allemagne, et de Richmond, en Angleterre. Je tiens encore à les remercier chaleureusement de leur présence, si symbolique. Depuis 3 jours, ils ont participé à tous nos événements : exposition, concert, marche aux lampions, veillée. Nous apprenons et nous enrichissons de nos différences. Parfois nous en rions aussi, c’est vrai. Mais surtout, nous continuons à bâtir des projets, des passerelles, essentiellement en direction de nos jeunesses.

Ils ont vu, nos amis de Constance et de Richmond, la formidable participation de la jeunesse de Fontainebleau tout au long de ces trois jours. Du fond du cœur, je veux remercier tous ces enfants, adolescents qui ont tellement apporté à la réussite de ces manifestations. Leur présence seule suffit à donner tout son sens à tout cela. Merci à leurs professeurs, aux directeurs des établissements, aux parents… de les avoir accompagnés.

Notre destin nous appartient. Nous le savons. Les enfants, eux, l’apprendront vite. Alors puisque notre destin nous appartient, restons des acteurs vigilants de la Paix et de la Fraternité.

Vive la République, vive la France, vive l’Europe.

Discours – Inauguration de la plaque du carrefour de la médaille militaire Fontainebleau – 7 septembre 2018

Monsieur le Sous-Préfet,
Madame la Députée, Chère Valérie,
Monsieur le président de la communauté d’agglomération, Cher Pascal,
Messieurs les Maires,
Messieurs les Officiers,
Monsieur le Président de la 47eme section de la Médaille Militaire, cher Christophe Blanluet,
Cher Président d’honneur de la cette 47eme section de la Médaille Militaire, Cher Michel Coutherut,
Mesdames et Messieurs les porte-drapeaux,
Mesdames et Messieurs les représentants d’associations d’anciens combattants,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs,

Je suis heureux que vous soyez présents si nombreux, pour inaugurer ce « carrefour de la médaille militaire ».

Je me réjouis de cet instant et veux lui donner une certaine solennité ; et ce, pour au moins deux raisons.

En premier lieu, avoir fait le choix de baptiser un carrefour du nom de la Médaille militaire, s’inscrit dans la droite ligne de l’attention que je porte à veiller à ce que les liens soient permanents entre notre Histoire passée, d’une part, et le travail fait pour inscrire Fontainebleau dans son époque, en la modernisant et en l’adaptant autant que possible au monde de demain, d’autre part.
Lorsque le 8 mai 2012, j’inaugurais avec Michel Coutherut la place des Combattants Morts pour la France, c’était avec la volonté d’honorer ceux qui, l’arme à la main, avaient donné leur vie pour notre pays.

Lorsque le 12 février 2014, j’inaugurais la Place de la Légion d’Honneur, c’était pour honorer un ordre qui avait créée par Napoléon 1er, personnalité historique s’il en est qui a profondément et durablement marqué Fontainebleau.

Cette attention portée à marquer l’évocation du passé et tenter de donner aux jeunes générations des clés de compréhension, elle est permanente. C’est par exemple, le soin apporté à notre patrimoine, je pense aux travaux colossaux entrepris à l’Eglise. C’est la création de la Revue d’Histoire de Fontainebleau il y a maintenant 7 ans, animée par Hélène Maggiori. C’est l’aide apportée à tous ceux qui, dans notre Ville, se sont donnés pour mission d’entretenir le souvenir…

C’est aussi, l’importante commémoration qui va se dérouler le week-end du 10 et 11 novembre autour du bicentenaire de la fin de la 1ere Guerre Mondiale. Trois jours de commémorations, des concerts, des expositions, projection de film, orchestrés par Odile Jacquin et Hélène Maggiori, avec comme fil rouge la Paix et de la Fraternité. A cette occasion, nous aurons le grand honneur de recevoir une délégation de nos villes jumelles, et notamment le maire de Constance au cours d’une cérémonie officielle le vendredi 9 novembre au soir à laquelle vous serez tous conviés.

Veiller à ne surtout pas rompre les fils du passé, mais au contraire les fortifier pour donner du sens à notre avenir, Pour cette première raison, la cérémonie d’aujourd’hui est importante.
La seconde raison est le sens que revêt le choix d’honorer la Médaille militaire.

Certains d’entre vous doivent penser en leur for intérieur de ce choix doit beaucoup à la ténacité, au sens de persuasion de Michel Coutherut. Nous savons tous à quel point cet homme-là est un infatigable représentant de la Médaille militaire, mais surtout un infatigable défenseur des valeurs patriotiques. Nous savons tous aussi à quel point quand cet homme-là une idée en tête, comme on dit, il ne l’a pas ailleurs…

Au-delà, même si bien sûr, cette démarche de baptiser ainsi ce carrefour lui doit beaucoup, elle s’est imposée car il est vite apparu comme une évidence d’honorer la Médaille militaire, et surtout, à travers elle, ceux qui en sont décorés.

Est-on sûrs, tous, de bien savoir ce qu’est la Médaille militaire ?
Rappelons d’abord qu’elle n’est décernée qu’à des militaires. Il y a bien sûr, comme pour toute règle française, quelques exceptions. De très rares civils ont en effet pu être décorés de la médaille militaire, et non des moindres, puisqu’on peut citer parmi ces cas très exceptionnels, Winston Churchill ou encore le président américain Roosevelt.

Après la Légion d’honneur et l’ordre de la Libération, la Médaille militaire est la troisième décoration nationale par ordre de préséance. Instituée en 1852 par Napoléon III, il était donc comme une première évidence que Fontainebleau, « ville impériale », se devait d’avoir un lieu qui lui est dédié.

Voici comment le prince-président Louis-Napoléon Bonaparte s’adresse aux tous premiers récipiendaires :

« Soldats, combien de fois ai-je regretté de voir des soldats et des sous-officiers rentrer dans leurs foyers sans récompense, quoique par la durée de leurs services, par des blessures, par des actions dignes d’éloges, ils eussent mérité un témoignage de satisfaction de la patrie ! C’est pour le leur accorder que j’ai institué cette médaille. Elle assurera 100 francs de rente viagère ; c’est peu, certainement ; mais ce qui est beaucoup, c’est le ruban que vous porterez sur la poitrine et qui dira à vos camarades, à vos familles, à vos concitoyens que celui qui la porte est un brave. »

Dépourvue de grade, cette distinction met à égalité tous ceux à qui elle est attribuée. Elle n’est attribuée par le Président de la République, sur proposition du ministre de la Défense, que pour des services militaires exceptionnels.

Je sais que les combattants sont souvent humbles, mais les porteurs de cette médaille, reconnaissable à son ruban jaune entouré de liserés vert clair, peuvent être fiers. Fiers d’avoir servi la Patrie. Fiers d’avoir honoré ses couleurs.

La vie, la liberté, la fraternité… ceux qui reçoivent la Médaille militaire donnent sens à nos valeurs. Ils sont la République. Nous leur devons tant. Bien sûr, la France connaît la Paix. Mais n’oublions jamais que chaque jour, à l’instant même où je vous parle, des milliers de soldats français sont engagés dans le monde. Justement, pour garantir notre paix et défendre nos valeurs.

La Paix est fragile. Si nous avons construit la Paix avec nos ennemis d’hier, c’est grâce à l’Europe. Elle aussi est fragile. Dans de nombreux pays, les extrémismes montent et parfois accèdent même au pouvoir. Pourtant, face aux grands défis contemporains, je crois que nous devons rester unis pour les relever. Et au-delà des discours, des cérémonies et des inaugurations, le plus bel hommage que nous pouvons rendre à nos libérateurs que j’évoquais tout à l’heure, aux victimes de tous les conflits passés, aux héros secrets des combats d’aujourd’hui, c’est de donner un nouvel élan au projet humaniste qu’est l’Europe.

Je veux terminer en m’adressant aux représentants d’associations d’anciens combattants, aux porte-drapeaux si nombreux ce matin, aux officiers représentants les autorités militaires et à ceux qui portent la médaille militaire. Pour votre engagement, pour votre courage, vous méritez notre respect, vous méritez nos applaudissements. Au nom de ce que je représente, en mon nom personnel : Merci !
Vive la République, vive la France.

Rythmes scolaires : Lettre aux parents d’élèves

Fontainebleau ne reviendra pas à la semaine de quatre jours dans les écoles dès cette année, mais sans doute l’année prochaine.
Devant le peu de temps que nous avions pour nous retourner alors que toute l’organisation de la rentrée avait ete calée, et devant l’absence de précisions du Ministère de l’Education nationale il y a encore 15 jours, nous avons décidé avec Gwenael Cler, mon adjointe aux affaires scolaires et l’ensemble de la majorité, de prendre le temps de consulter l’ensemble de la communauté éducative à la rentrée pour une décision applicable en septembre 2018.
Voici le courrier que j’ai adressé il y a quelques jours à tous les parents d’élèves

Mesdames, Messieurs,

Le nouveau gouvernement, tout juste nommé, a annoncé vouloir revenir sur les rythmes scolaires actuels et repasser à la semaine de 4 jours dans les écoles maternelles et élémentaires, pour les villes qui le souhaiteraient dès septembre 2017.

Avec l’équipe municipale, nous sommes favorables au retrait de cette réforme instituée en septembre 2014 par le précédent gouvernement.

Bien que nous ayons tout fait à Fontainebleau pour mettre en œuvre autour de ces nouveaux rythmes scolaires des organisations optimales pour les enfants, il s’avère que l’expérience n’est pas totalement satisfaisante. Dans notre ville, comme dans beaucoup d’autres communes, nous constatons en général une plus grande fatigue pour les élèves.

Pour autant, nous ne pouvons pas sortir des nouveaux rythmes scolaires du jour au lendemain. En effet, nous ne connaissons pas le contexte règlementaire dans lequel le gouvernement compte agir : le décret annoncé par le Ministre de l’Education n’est toujours pas paru.

Chaque année, comme vous le savez, la rentrée scolaire se prépare bien en amont du mois de septembre et la mise au point de la rentrée 2017 est à ce jour quasiment finalisée.

Les deux mois qui nous séparent de la rentrée scolaire ne suffiraient pas à mettre en place une organisation pérenne et efficace. Epargnons à nos enfants les préjudices d’une réforme précipitée.

De plus, la Ville ne souhaite pas bousculer les organisations familiales et professionnelles, probablement déjà définies pour la prochaine rentrée.

Si l’orientation voulue par le gouvernement est confirmée, nous pourrions envisager de vous proposer, ainsi qu’à l’ensemble de la communauté éducative, un retour à la semaine de 4 jours à compter de septembre 2018.

Ce délai nous permettra d’ouvrir une concertation, notamment au sein des groupes de travail mis en place depuis 2014 dans le cadre du projet  éducatif territorial (PEDT), qui associe les parents d’élèves, les enseignants, l’inspection académique et les services municipaux.

Nous pourrons ainsi tous ensemble tirer un bilan de l’ancienne organisation pour en garder les points forts et de pouvoir aborder la rentrée scolaire 2018 en toute sérénité.

C’est donc au terme de cette concertation, qui se déroulera à l’automne 2017, que nous déciderons ensemble, ou non, de revenir à la semaine de 4 jours à partir de septembre 2018.

Comptant sur votre compréhension, je vous prie de croire, Mesdames, Messieurs, à l’assurance de mes sentiments les meilleurs.

Gwenaël CLER           Frédéric VALLETOUX

Adjointe au maire en charge           Maire de Fontainebleau

des Affaires Scolaires         Conseiller régional d’Ile-de-France

Discours du 14 Juillet 2017

La République, avec ses valeurs, ses symboles, ses institutions est un bien commun pour tous les Français et notre communauté nationale retrouve dans ces festivités du 14 juillet, l’un des ciments du Pacte républicain.

Il y a près de 140 ans, en 1880, il a été décidé que le 14 juillet deviendrait le jour de la Fête nationale. Ce jour-là, nous célébrons avant tout l’unité autour des valeurs et des emblèmes de la République, mais aussi le lien sacré entre l’armée et la nation. La nation, c’est cette conviction que nous avons à la fois un héritage partagé, mais également une communauté de destin.

Or, cette année, ces célébrations prennent un accent particulier. Rarement dans notre histoire récente, ressentons-nous de manière aussi vive qu’aujourd’hui, le besoin de défendre deux piliers de notre pays : la République et la Nation. Toutes deux confrontés à des défis et des menaces inédites.

Il y a un an, le 13 juillet 2016, j’évoquais le contexte du terrorisme. En pensant aux attentats de Paris et du Bataclan, j’évoquais ces attentats barbares qui venaient nous rappeller avec horreur que ce que nous considérions hier comme acquis, est en réalité fragile et précieux.

Et dès le lendemain, la ville de Nice était touchée et c’est la foule rassemblée sur la Promenade des Anglais qui était prise pour cible. Un choc pour le monde, un mode opératoire d’une violence inédite, des corps d’enfants et d’adultes blessés et tués dans un chaos effroyable, une marque au fer rouge dans nos mémoires qui aujourd’hui doit nous conduire à nous associer, ici et maintenant, à la cérémonie d’hommage qui sera organisée demain à Nice.

Aujourd’hui, plus que jamais, nous devons répondre sans concession à ceux qui veulent nous diviser. Jamais nous ne devrons céder devant l’obscurantisme, jamais en France nous ne baisserons les yeux devant le fondamentalisme.

C’est ensemble, unis et solidaires que nous trouverons la force de rester digne : le droit contre la violence, la justice contre l’arbitraire, la solidarité face la haine, l’unité face au communautarisme.

Le défi qui nous est aujourd’hui lancé par l’histoire est de nous libérer du poids des souffrances passées, tout en entretenant la mémoire de ceux qui nous ont offert cette liberté. Souvent au prix de leur vie.

C’est lorsque nous sommes attaqués qu’il faut trouver au plus profond de notre histoire les ressources pour résister. Nos ainés l’ont fait, soyons tous ensemble leurs dignes héritiers.

La France d’aujourd’hui s’est construite tout au long d’une histoire heurtée, faite tout à la fois d’épisodes violents que de périodes prospères, d’heures glorieuses et de pages plus sombres. Mais voila, l’Histoire ne se découpe pas, elle est un tout. Un moteur pour certains, un souvenir pour d’autres.

Dans ce continuum, notre Ville vient particulièrement rappeler la richesse de ce passé. En choisissant de faire de Fontainebleau l’une de leur résidence, et ce pendant huit siècles, la monarchie et l’Empire ont fait de notre Ville, la ville avec Paris où s’est exercée le plus longtemps le pouvoir national. Quel beau symbole que nous soyons toujours avec Paris, l’une des Villes qui est fière de maintenir la tradition du défilé militaire à l’occasion de la Fête nationale.

Si je le rappelle ainsi aujourd’hui, ce n’est pas par esprit de forfanterie, mais bien pour dire à quel point je crois qu’ici, peut-être plus qu’ailleurs, nous devons être attachés à ce lien particulier qui, pour toujours, nous unit avec l’histoire.

La Royauté et l’Empire d’un côté, la République de l’autre. Il n’y a là, ni opposition, ni contradiction, mais seulement la conviction que ces époques sont aussi complémentaires sur plusieurs points. L’épopée napoléonienne s’est inscrite dans la continuité de l’aventure révolutionnaire, initiant un processus qui mettra près d’un siècle à accoucher d’une République stable.

N’oublions pas d’ailleurs ce que la République doit à l’Empire. Il suffit de se pencher sur l’origine des institutions que vous allez voir défiler dans quelques minutes pour vous en rendre compte.

C’est par exemple Napoléon 1er qui a crée la première organisation de pompiers professionnels. Les Sapeurs-pompiers de Fontainebleau-Avon en sont les héritiers.

Quant aux cavaliers du Centre sportif d’équitation militaire, ils bénéficient au quotidien de l’extraordinaire Manège de Sénarmont qui a aussi été créé par Napoléon 1er.

Et lorsque dans la foulée de cette cérémonie militaire, je distinguerai les 105 bacheliers qui il y a quelques jours ont obtenu la Mention Tres Bien dans les établissements de Fontainebleau, ils pourront toujours se souvenir que le bac dans sa version  moderne a été inventé par Napoléon 1er en 1808.

Nous devons être fiers de nos origines, elles sont le ciment de notre histoire commune. Ce passé qui nous lie est l’essence même du devoir que nous avons de construire un avenir ensemble. Et cet avenir, c’est l’Europe.

L’Europe est une force dans laquelle chacun doit trouver l’énergie de combattre les divisions.

L’Europe ce n’est pas seulement un territoire géographique, une idée abstraite, c’est un projet. Le projet de mieux vivre ensemble, de rassembler nos forces pour vivre dans un continent de paix et porteur de valeurs communes.

Ce projet était, entre autres, celui d’une femme bientôt au Panthéon, Simone Veil, avec sa vision novatrice de notre société et son idéal progressiste. Simone Veil s’était battue pour l’Europe, parce qu’elle croyait en cette chance qui nous était donnée. Pensons à ce qu’à travers une vie de combats et d’engagements elle nous lègue.

Mais l’Europe, c’est aussi l’ouverture. L’ouverture au monde, l’ouverture aux autres, une main tendue, une histoire à l’origine douloureuse mais aujourd’hui une fierté pour tous.

A l’occasion de notre Fête Nationale, je veux  particulièrement remercier la délégation allemande présente ici ce soir pour défiler. L’Allemagne qui depuis 60 ans a installé à Fontainebleau une délégation de la Bundeswehr, toujours fidele à nos cérémonies militaires et patriotiques.

Enfin, je voudrais profiter de votre présence Monsieur le Sous-Préfet, de vous Mesdames, Messieurs les Maires pour dire toute ma gratitude, ma reconnaissance, envers ceux qui offrent leurs vies pour sauver les nôtres. Merci de votre don à la Nation. J’ai à cette occasion, une pensée émue, pour tous les militaires de l’opération sentinelle qui veillent à notre sécurité, mais aussi pour les gendarmes, policiers et pompiers qui tous les jours oeuvrent pour notre sécurité.

Remercions également ensemble, Olga Perrier, originaire de Russie et qui a eu l’honneur d’être naturalisé il y a quelques jours, pour le brillant hommage qu’elle à rendu à sa nation, en chantant la Marseillaise.

Que cette artiste lyrique soit pour nous aujourd’hui l’emblème de cette France qui, fiere de ses valeurs de Liberté, d’Egalité et de Fraternité, est une Nation qui continue à briller dans le Monde parce qu’elle sait faire vivre sa diversité, sait faire rayonner sa culture et a foi dans son avenir.

Vive la République, Vive la France et Vive l’Europe.

La Méditerranée, cette absence qui ne laisse rien présager de bon

J’ai cosigné le 7 avril dernier dans L’Opinion une tribune avec un collectif de 23 maires et élus locaux de droite et du centre, dont Édouard Philippe (Le Havre), Gérald Darmanin (Tourcoing), Laurent Marcangeli (Ajaccio), Franck Riester (Coulommiers), Benoist Apparu (Châlons-en-Champagne) ou Arnaud Robinet (Reims)… où nous déplorons que la question méditerranéenne ne soit pas abordée lors de cette campagne présidentielle.

« On dirait qu’un cataclysme a brusquement déplacé l’axe du monde. Depuis 60 siècles il se trouvait au sud du continent, et le voilà fixé au Nord ». Ces mots furent écrits il y a près de cent ans par Henri Pirenne, historien belge précurseur de ce que l’on appellera l’Ecole des Annales dans un article fameux intitulé Mahomet et Charlemagne. Il y avançait l’idée que la conquête musulmane, en rompant l’unité méditerranéenne acquise depuis l’empire Romain, avait permis la constitution de l’Europe « carolingienne », c’est-à-dire l’émergence de la civilisation européenne telle que nous l’avons connue.

Mille deux cents ans après ce « basculement », nous peinons à comprendre ceux qui vont faire le monde de demain. L’exercice est, il faut le reconnaître, délicat. Mais essayons-nous seulement ? Nous posons-nous les bonnes questions ? L’avenir n’est certes écrit nulle part, mais il n’est pas absurde de s’y préparer malgré tout ! D’autant qu’il est déjà confusément contenu dans des transitions lourdes, engagées depuis plusieurs années, et que l’on peut raisonnablement prendre en compte dès maintenant.

La Méditerranée, par exemple. Elle a été notre mer commune pendant « 60 siècles », faisant naître sur ses rives les plus grandes civilisations et les œuvres plus remarquables de l’esprit humain ; puis une frontière et un champ de bataille entre Chrétienté et Islam pendant mille ans ; elle a été réunifiée par la force de la colonisation pendant un siècle. Elle est maintenant à l’heure de choix qui ne dépendent pas que de nous, Français et Européens, mais qui en dépendent en partie.

Que sont les réalités méditerranéennes ? La rive « sud », dans laquelle il convient de compter la Turquie, est sur « l’arc des conflits » qui s’étend du Maghreb au Caucase et à l’Asie centrale ; elle est empoisonnée depuis des décennies par le conflit israélo-arabe ; et toutes les sociétés musulmanes sont traversées par des tensions incroyablement fortes, allant jusqu’aux guerres civiles, entre forces modernistes et réactionnaires, tenants de l’ouverture ou du repli sur soi, espérances démocratiques et utopies religieuses totalitaires. La rive nord est celle de la démocratie libérale européenne, pacifique mais touchée par la crise, où montent les crispations identitaires et en panne de projet politique fédérateur.

Autour de cette mer commune, des hommes. De 1970 à 2000, la population des pays riverains est passée de 285 à 427 millions. De 2000 à 2025, elle se sera accrue de 100 millions supplémentaires, augmentation qui est essentiellement celle de la rive sud, africaine et asiatique : l’Europe méditerranéenne représentait 65 % de la population totale en 1950 ; elle ne compte que pour 40 % actuellement, et ce chiffre descendra à 35 % d’ici trente ans. Au Nord, l’urbanisation des côtes, la pression touristique et agricole sur les espaces naturels, les risques environnementaux ; au Sud, les mêmes maux, auxquels s’ajoute l’absence de débouchés et d’avenir pour des millions de jeunes.

Les ressources ne sont pas non plus réparties de façons égales : l’eau est au nord. La rive européenne détient 70 % des ressources du bassin méditerranéen, là où la rive sud comptera, à l’horizon 2050, près de 70 % de la population. Et la situation risque de s’aggraver plus rapidement encore si le risque climatique se confirme.

Nous parlons de nos rapports avec la Méditerranée du Sud en termes de sécurité, et c’est indispensable : le totalitarisme islamique nous fait la guerre, et la guerre civile fait rage à nos portes ; l’immigration, si elle devient incontrôlable, peut devenir une menace existentielle. Nous en parlons en termes moraux, et c’est bien : l’Europe ne serait pas l’Europe, et la France certainement pas la France, si nous ménagions nos efforts en faveur de la paix dans les pays du sud méditerranéen ou si nous nous enfermions dans l’indifférence face aux drames humanitaires en cours. En 2014, plus de 75 % des migrants qui sont morts dans le monde ont péri en Méditerranée !

Mais qui en parle en termes d’opportunités, de chance, et d’intérêt bien compris ? Pourquoi la question de nos relations avec la Russie, importante évidemment, en vient-elle à prendre autant de place dans notre débat démocratique au détriment de ce qui se passe à notre véritable, immédiate et plus dangereuse frontière : la rive sud de la Méditerranée ? Seul le candidat de la gauche radicale, notons-le, aborde régulièrement cette question, ce qui nous incite à saluer sa hauteur de vue mais certainement pas à acquiescer à ses solutions.

Où est la vision d’un Jacques Chirac, initiateur du processus de Barcelone en 1995 ? Où est le volontarisme d’un Nicolas Sarkozy, qui a en 2007 l’intuition formidable d’une Union pour la Méditerranée ? Qui formulera un projet faisant de la France le pivot de ce défi essentiel pour, excusez du peu, l’Europe, l’Afrique et le Moyen Orient ? Comment s’atteler à améliorer dans notre mer commune la gestion des ressources halieutiques et la lutte contre les pollutions, les échanges scientifiques et la politique énergétique, en particulier dans le domaine du solaire, la préservation d’un patrimoine historique gigantesque et souvent commun à tous nos pays, la culture et l’aide au « désenclavement » culturel : le monde arabe, et ses 400 millions d’habitants, traduit chaque année cinq fois moins d’ouvrages étrangers que la Grèce et ses 11 millions d’habitants ! Moins de 1 % de ce qui est traduit en France l’est de l’arabe, malgré l’importance des liens historiques et humains que nous avons avec ce bassin culturel. Comment faire tomber les préjugés et surmonter l’hostilité quand on ne lit jamais ce qu’écrit l’autre ?

Ces chantiers gigantesques doivent être ouverts. C’est l’intérêt de la France d’être en avance sur ces sujets. Encore faut-il que quelqu’un ait cette vision et nous propose de refaire de notre mer commune, à nouveau, un « axe du monde ». Que ces questions soient absentes de la campagne présidentielle ne laisse rien présager de bon ni de grand.

Edouard Philippe est maire (LR) du Havre, Gérald Darmanin est maire (LR) de Tourcoing, Laurent Marcangeli est maire (LR) d’Ajaccio, Jean Rottner est maire (LR) de Mulhouse, Franck Riester est maire (LR) de Coulommiers, Alain Chrétien est maire (LR) de Vesoul, Sébastien Lecornu est président (LR) du conseil départemental de l’Eure, Marie-Agnès Poussier-Winsback est maire de Fécamp, Matthieu Schlesinger est maire (LR) d’Olivet, Frédéric Valletoux est maire (LR) de Fontainebleau, Benoist Apparu est maire de Châlons-en-Champagne, Christophe Béchu est maire (LR) d’Angers, Arnaud Robinet est maire (LR) de Reims, Gil Avérous est maire (LR) de Châteauroux, Boris Ravignon est maire (LR) de Charleville-Mézières, Philippe Rapeneau est président (LR) de la communauté urbaine d’Arras, Xavier Bonnefont est maire (LR) d’Angoulême, Gaël Perdriau est maire (LR) de Saint-Etienne, Guillaume Delbar est maire (LR) de Roubaix, Frédéric Leturque est maire (UDI) d’Arras, Véronique Pouzadoux est maire (LR) de Gannat, Constance de Pelichy est maire (LR) de La Ferté St Aubin, Thierry Solère est président du groupe LR de la Région Ile-de-France.

Discours du 11 novembre 2016

11-novembre-2016

Monsieur le Sous-Préfet,                                                                                       Mesdames et Messieurs les représentants des autorités civiles et militaires,   Mesdames et Messieurs les représentants des Anciens Combattants,             Mesdames et Messieurs les élus,                                                                           Mesdames et Messieurs, mes chers concitoyens,

A l’échelle de nos vies, 100 ans c’est un horizon lointain. Mais qu’est-ce que 100 ans à l’échelle de l’Histoire et surtout de nos mémoires et de nos consciences ? Souvenons-nous une fois de plus ce matin des événements du siècle dernier et en particulier de ce drame que fut la première guerre mondiale.

Ce conflit qui déchira l’Europe et une bonne partie du monde entre 1914 et 1918 occupe encore, quelques années après la disparition des derniers combattants survivants des tranchées, dans nos cœurs et dans notre mémoire collective, une place particulière.

D’abord par l’ampleur du bilan humain et des pertes : 9 millions de morts et 6 millions de mutilés dans toute l’Europe. La France sort de cette guerre meurtrie et ruinée: 1 400 000 morts dont 600 000 victimes civiles; 630 000 veuves et 700 000 orphelins de guerre. Plus de 3 millions de blessés, de mutilés, d’aveugles, de gazés. Ces chiffres qui donnent le tournis et qui sont sans commune mesure avec les conflits que notre monde avait connu jusque-là.

Car, et c’est la seconde raison qui rend cette période si particulière à nos yeux plus d’un siècle après : avec la 1ère guerre mondiale, nous apercevons véritablement pour la première fois ce que seront les guerres du 20ème siècle : sanglantes avec leurs lots de victimes civiles et plus seulement de soldats, totales avec une mobilisation du front mais aussi de l’arrière ou tout l’appareil productif est tourné vers l’effort de guerre, globale avec des ramifications sur l’ensemble de la planète et plus simplement sur le territoire d’un seul pays ou même d’un seul continent.

Alors que nous célébrions cette année le centième anniversaire de la terrible bataille de Verdun, nous avons tous en tête aujourd’hui cette formule de Schopenhauer :                 « L’Histoire est pour un Peuple ce que la Conscience est pour un Homme. Un Peuple qui oublie son histoire est comme un Homme qui perd sa conscience ».

Voilà en une phrase résumée tout le sens de ces commémorations : le souvenir qui se mue en une vision et une volonté commune. Celle d’abord de la transmission d’une mémoire, ce fil qui relie les générations entre elles et cimente une nation – je suis à ce titre particulièrement fiers que nous puissions compter à Fontainebleau, sur une implication importante de nos élèves de collège et lycée à travers les lectures de deux textes forts tout à l’heure mais aussi à travers la prestation de nos jeunes et talentueux musiciens.

Une vision et une volonté commune d’affronter l’avenir avec détermination, dignité et lucidité également. Un siècle après la Grande Guerre, le contexte est bien évidemment radicalement différent : les impérialismes conquérants des grandes puissances européennes qui ont déchiré notre continent au cours de la première moitié du 20ème siècle n’existent plus. L’Europe occidentale n’a plus connu la guerre sur son sol depuis plusieurs décennies.

Oserait-on en conclure que les menaces n’existent plus ? Bien évidemment non. Et chacun d’entre nous garde en tête ce que nous avons vécu il y a tout juste un an, à Paris, si près d’ici.

Nous sommes face à un nouvel ennemi, une nouvelle menace. Diffuse, protéiforme, souvent insaisissable. Faible dans ses moyens d’actions – si l’on la compare aux armées conventionnelles – mais redoutable dans sa capacité à frapper les esprits, à nous saisir d’effroi et par là, à tenter de nous diviser.

Face à cette menace, la réponse, c’est la République, c’est la Nation et ses valeurs. Notre arme ce sont aussi, je tiens à leur rendre hommage, ces hommes et ces femmes qui ont fait le choix de mettre leur vie en jeu pour nous protéger : armée, police, gendarmerie… Nous savons ce que nous leur devons, nous mesurons le prix qu’ils paient parfois, trop souvent, pour assurer notre sécurité. J’ai aujourd’hui une pensée pour nos soldats tués sur les différents champs d’opération dont le dernier en date il y a tout juste une semaine, sous-officier du 515e régiment du train de la Braconne, tombé au Mali le 5 novembre 2016.

Une pensée également pour nos forces de Police et Gendarmerie qui font leur métier aujourd’hui dans des conditions extrêmement difficiles sans toujours bénéficier de toute la reconnaissance qu’elles mériteraient.
S’il est un enseignement que nous devons tirer de la première guerre mondiale, alors même que près d’un siècle s’est écoulé depuis, c’est précisément le fait que notre vieux continent, s’il est fragmenté, s’il est morcelé par les égoïsmes nationaux, s’il succombe à la tentation du repli sur soi, alors il court un grand danger.

La grande idée d’une unification des États Européen, qui a commencé à poindre au lendemain de la 1ère Guerre Mondiale, même s’il a fallu attendre plusieurs décennies pour qu’elle se concrétise, cette grande idée d’une Europe unie est aujourd’hui mise à mal, en panne, incapable de trouver une réponse aux nouveaux défis de ce siècle. Mais ne nous y trompons pas, malgré ses carences, ses insuffisances, c’est bien dans le renforcement de nos liens entre nations européennes que nous trouverons les réponses à ces défis.

Dans une période difficile, troublée, il est à mon avis indispensable et urgent de donner à ce projet européen – qui nous a apporté la paix – un nouvel élan. Ce serait, je crois, une belle façon de rendre hommage, au-delà des discours et des cérémonies, à toutes les victimes des conflits passés, à tous ceux qui sont morts après s’être battus avec une idée en tête : qu’à la guerre succéderait la paix, qu’au choc des armes succéderait la concorde entre les hommes…
Soyons à la hauteur de leur sacrifice.

Je vous remercie de votre attention.