Discours – Cérémonie de la Fête Nationale – 13 juillet 2019

Madame la Préfète,
Monsieur le Sénateur, Cher Pierre,
Monsieur le Président du Conseil départemental, Cher Patrick,
Madame la Présidente du Tribunal de Grande Instance,
Monsieur le Procureur de la République,
Mesdames et Messieurs les maires et élus,
Mesdames et Messieurs les Officiers et représentants des forces armées,
Mesdames et Messieurs les représentants des corps constitués,
Mesdames et Messieurs les anciens combattants et portes drapeaux,
Mesdames et Messieurs,

Dans l’exercice de mon mandat de maire, ces cérémonies de la Fête Nationale constituent pour moi un des moments les plus importants mais aussi les plus intenses.

D’abord, parce que Fontainebleau a le privilège rare d’ouvrir ces cérémonies par un défilé militaire. Un défilé que nous avons nous-même, avec mon équipe municipale, souhaité remettre au goût du jour, il y a maintenant quelques années. Il y a à Fontainebleau une tradition du défilé militaire, une tradition très ancienne dans cette ville qui depuis des siècles est ville de garnison, mais une tradition qui avait disparu dans les années 90, avec la dissolution ou le départ de plusieurs unités.

Ce défilé est aussi important car, du fait de la présence comme chaque année de militaires de la Bundeswehr, il vient symboliser la dimension profondément européenne de notre Ville. De la même manière, cette Marseillaise chantée par les jeunes américaines des Ecoles d’art américaines est une autre tradition de nos cérémonies.

Merci de leur présence, et grâce à eux, Fontainebleau, l’une des capitales historiques de notre pays, ville dont l’ADN est à ce point européen, est aussi une ville tournée vers le monde, accueillante et tolérante, ouverte à toutes ces cultures qui viennent nous enrichir. Merci au aux musiciens de l’Union musicale de Fontainebleau, et a tous ceux qui ont permis d’organiser cette cérémonie.

Les militaires qui défileront dans quelques instants, nous font l’honneur de leur présence. Mais c’est surtout l’occasion, pour nous, d’honorer leur engagement au service de la Nation.

Merci aux femmes et aux hommes de l’École de Gendarmerie de Fontainebleau, du Centre National des Sports de la Défense, du Groupement du Commandement Allemand en France, du régiment de cavalerie de la Garde républicaine, ainsi qu’aux Sapeurs-Pompiers du Centre d’incendie et de secours de Fontainebleau.

Nous célébrons le 14 juillet, la Fête Nationale, mais que célébrons-nous réellement ?

Des symboles d’abord et avant tout. D’abord, le symbole celui de la prise de la Bastille de 1789, et de ce jour où un peuple décide de devenir acteur de son propre destin politique. Un autre symbole, celui de la Fête de la Fédération de 1790, lorsque, dans un climat d’union nationale, le roi Louis XVI prête serment à la Nation.

Puis, la République est proclamée, c’est-à-dire que le peuple s’approprie la chose publique et se dote d’institutions progressivement démocratiques. Pour l’affirmer et l’incarner, notre Nation fait sienne la devise « Liberté, Égalité, Fraternité » et la grave sur les frontons des bâtiments publics.

La Fête nationale c’est donc fêter des symboles, mais des symboles bien vivants ! Votre présence nombreuse le démontre : il est essentiel de toujours rester mobilisés et unis pour faire vivre ses valeurs, celles de la Révolution, devenues ensuite celles de la Nation toute entière.

Aujourd’hui, tous les principes qui découlent de ces valeurs fondent la philosophie qui nous rassemble : les Droits de l’Homme et du Citoyen, la liberté de la presse, la liberté d’association, l’école obligatoire et gratuite, la séparation des Églises et de l’État, la laicité, la liberté syndicale, le suffrage universel…

Ces principes fondent le quotidien de notre Nation : nous ne vivons pas en clans, en communautés, mais nous faisons le choix de nous rassembler sous ces valeurs universelles et supérieures à nos croyances et intérêts particuliers.

Il nous faut nous rappeler combien ce pacte est précieux. Aussi précieux que l’air que nous respirons. Comme l’oxygène, c’est quand il se raréfie que l’on prend pleinement conscience de l’infini valeur de notre Pacte républicain.

En ces temps où l’intolérance et diverses formes d’intégrismes veulent mettre à mal ces valeurs, la fête nationale du 14 juillet est un moment de citoyenneté pour redire notre attachement à la République.

Parce que rien n’est jamais totalement acquis, nous nous rassemblons pour le réaffirmer. Nos fêtes nationales, toutes les commémorations du Souvenir, sont essentielles à la vie de la Nation, et plus particulièrement à la formation des citoyens. C’est pour cela que je suis toujours très sensible à la présence de jeunes dans le public. Je tiens notamment à saluer la présence de jeunes élus représentant le CMJ, ainsi que de jeunes Sapeurs Pompiers.

Avant de conclure et de laisser place au défilé, je veux rappeler que le 14 juillet est avant tout une fête !

Partout en France, des feux d’artifices, des fêtes de village. Nous fêtons la République !

La République est une éthique, un certain vivre ensemble, une volonté de partager des règles communes, de s’y retrouver, s’y reconnaître, s’y raccrocher lorsque nécessaire.

La République est une exigence, oui, mais de belles valeurs comme la Liberté et l’Égalité doivent se fêter. Et le faire ensemble fait vivre la Fraternité !

Vive Fontainebleau,
Vive la République,
Vive la France !

Discours – 75 ème anniversaire de l’assassinat de Georges Mandel en forêt de Fontainebleau (7 juillet 2019)

Je veux tout d’abord vous remercier tous d’être là aujourd’hui. Toutes les personnalités que j’ai citées, toutes les organisations dont j’ai rappelé la présence, ceux qui parfois sont venus de loin parce qu’ils tenaient à ce jour.

Ces remerciements ne sont pas de pure convenance. Ces remerciements viennent du cœur et sont à mes yeux d’autant plus justifiés et sincères qu’ils font apparaître en relief le petit nombre que nous sommes ce matin.

N’ayons pas peur des mots. Nous sommes un petit nombre, nous sommes même un trop petit nombre. Sa famille bien sûr, un sous-préfet, un maire, l’un de ses biographes, fut-il le plus talentueux…, ensemble, soyons lucides, ne formons-nous pas un bien modeste attelage, de biens maigres troupes, pour un si grand homme, pour un si grand destin ?

Célébrons-nous un héros local ? Célébrons-nous un anonyme, fut-il brave, héros ou martyr, comme ces otages, fusillés de la Plaine de Chanfroy, dont nous commémorons chaque année l’exécution à quelques kilomètres d’ici, en plein forêt de Fontainebleau ?

Nous sommes là certes. Mais est-ce bien là le juste hommage que notre République et ses institutions, que notre Nation dans son ensemble, devrait rendre à Georges Mandel ?

Est-ce la marque du juste hommage que la France devrait rendre à ce qu’il fut, à ce que fut son parcours politique, parlementaire et ministériel, à ce qu’il représenta, lui qui, d’un côté, fut honni, vomi même, par le régime de Vichy et tous les zélés suppôts du régime nazi, et de l’autre, symbolise l’esprit de résistance ?
Georges Mandel n’est-il pas à tout jamais « le Premier résistant de France » comme n’a cessé après la Guerre de le répéter Léon Blum, celui qui fut pendant 14 mois enfermé dans la même prison que Georges Mandel, celui qui aurait pu être choisi pour être tué à sa place lorsqu’il a fallu choisir une victime qui fut en même temps un symbole, en représailles de l’assassinat du vichyste Philippe Henriot par la Résistance ?

Cher Jean-Noel Jeanneney, à qui je voudrais redire à quel point je suis très sensible et touché par sa présence ce matin, vous écriviez en 1991 qu’« un demi siècle après sa mort encore, la mémoire de Mandel n’a pas laissé beaucoup de traces ». Si vous deviez reprendre aujourd’hui ce paragraphe des dernières pages de votre ouvrage, sans doute votre plume serait-elle plus dure encore, constatant que 25 années après, pour ce 75ème anniversaire de son assassinat, la République n’a pas plus ouvert les yeux sur l’apport de Georges Mandel, la force de son parcours et, au final, la trace qu’il a laissé.

Faudra t-il attendre le centenaire de ce lâche assassinat pour qu’un Hommage national soit rendu à cet homme-là ? Quelle date anniversaire faut-il attendre pour qu’au plus haute de notre République, les représentants des institutions qu’il a servi, qu’elles soient de l’Etat ou du Parlement, viennent ici, fouler l’herbe où il est mort, pour dire avec leurs mots ce que la France doit à Georges Mandel.
Un homme, nous le savons, qui, s’il a été jugé comme ayant manqué d’à-propos, de réactivité ou de sens de la manœuvre pendant les heures folles de mai-juin 1940, n’en reste pas moins le plus lucide de nos responsables politiques tout au long des années 30 sur cette inéluctable guerre avec l’Allemagne nazie qu’il voyait poindre.

Il restera aussi pour toujours comme l’un des plus engagés dans l’idée d’alliance avec l’Angleterre. Il restera comme celui qui, avant le gaullisme, fera souffler l’esprit de résistance au nom de son amour de sa patrie, mais aussi de son attachement féroce aux valeurs de cette République qu’il a tant servie et qu’il vénérait.
Ici, là ou nous nous dressons, c’est un homme qui a été lachement assassiné, mais c’est surtout un symbole. « La milice, expliqua Jacques Chirac en 1985, assassina l’homme qu’elle considérait comme le symbole le plus éclatant de la France qui dit non à l’abjection. »

Son parcours a été rappelé. Georges Mandel était un visionnaire, un réformiste, à l’esprit moderniste, très intéressé par la technologie. Il deviendra ministre, notamment des PTT, et fera d’une modeste administration technique un grand service public.

Georges Mandel a aussi été le premier parlementaire à comprendre le projet fondamental du nazisme, le premier à prévoir que Hitler préparait son pays à une guerre contre l’Europe. Dès novembre 1933, dans un discours, qui avec le recul de l’Histoire est impressionnant de lucidité, il alerte la Chambre des députés et l’opinion. La classe politique restera sceptique et la France passive.
Il faut lire, mais ici beaucoup les connaissent les pages que consacre le général de Gaulle dans ses Mémoires à ces jours de juin 1940 et à Georges Mandel. C’est Georges Mandel qui, lui disant « Vous aurez de grands devoirs à remplir », l’a envoyé le 14 juin 1940 représenter la France libre à Londres… Trois jours après, Mandel était arrêté une première fois, au moment même où Pétain constitue son gouvernement. Quatre jours après, c’est l’appel du 18 juin !

Prison, déportation, prison. Quatre ans de captivité. Jusqu’à ce 7 juillet 1944 où il est livré à la Milice et emmené en forêt de Fontainebleau. On est à quelques jours, quelques semaines de la fin de la guerre. Georges Mandel est assassiné, ici, une rafale de pistolet-mitrailleur, dans le dos, puis de deux balles dans la tête.
Permettez-moi de m’adresser aux plus jeunes. Vous l’avez bien compris : nous célébrons un homme a été assassiné ici, juste ici. Assassiné par qui ? Il a été tué par des Français, certes par des « ennemis de la France », comme l’indique la stèle devant laquelle nous sommes. Mais la mention est ambiguë, et c’est sans doute regrettable. Ces ennemis de la France n’étaient pas des soldats du régime nazis. Ils étaient des Français engagés au service de ce régime ennemi.

Au-delà, vous ne devez jamais oublier que l’ennemi, c’est l’intolérance et la haine. La République n’est jamais à l’abri. Faire vivre le souvenir c’est, en conscience, renouveler le pacte républicain et en faire vivre ses valeurs. Vous voyez autour de vous aujourd’hui des portes drapeaux. C’est à ceux qui ont servi ces drapeaux que nous devons tous, notre liberté.

Que vive la mémoire de Georges Mandel,
Que vive à tout jamais la mémoire des héros de cette guerre contre le nazisme,
Que vive à jamais les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité,

Vive la République, Vive la France.