Élection présidentielle : Et maintenant ?

Pour la première fois depuis des décennies, le candidat de la droite et du centre ne sera pas présent au second tour d’une élection présidentielle. Cette défaite est un séisme pour notre camp politique.

Défenseur d’une droite à la fois humaniste, libérale et européenne, je voterai le 7 mai prochain sans état d’âme pour Emmanuel Macron, candidat le plus proche de mes valeurs republicaines, comme je l’ai annoncé dès dimanche soir. Ce vote ne sera pas un vote d’adhésion à son projet mais un vote de refus de voir l’extrême-droite prendre les rênes de notre pays.

Je vous invite d’ailleurs à lire ce texte rédigé avec des élus de la droite et du centre :

“Le résultat du premier tour de l’élection présidentielle est, pour notre famille politique, un événement d’une importance considérable.

C’est même d’un tremblement de terre qu’il s’agit : pour la première fois dans l’histoire de la Ve République, il n’y aura pas au second tour d’une élection présidentielle de candidat qui en sera issu.

Face à cette situation deux urgences s’imposent.

La première, et la plus immédiate, est de ne pas permettre l’élection de Marine Le Pen, de ne pas laisser triompher les idées contre lesquelles nous nous sommes toujours battus. Sa victoire, dont on aurait tort de penser qu’elle est totalement inimaginable, déclencherait une catastrophe économique et sociale dont les Français, et notamment les plus modestes, paieraient le prix très lourd et dont notre pays ne se relèverait pas. Nous ne voulons pas que la France perde tout crédit en Europe et dans le monde. Nous appelons donc, sans hésitation, à voter Emmanuel Macron et nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour l’aider à battre le Front national.

La deuxième, est que nous devons désormais repenser la façon dont nous portons les valeurs de liberté, de responsabilité, d’autorité de l’Etat et d’attachement à l’Europe. Le rétrécissement de la droite sur une ligne politique exclusivement identitaire et conservatrice nous apparait sans issue. Ce premier tour montre à l’évidence que le débat public ne peut plus reposer sur des clivages dans lesquels les Français ne se reconnaissent plus, ni sur des pratiques politiques clairement rejetées.

Nous savons que l’efficacité de l’action publique repose sur la capacité à rassembler et à dépasser les postures. Ce premier tour nous oblige à envisager l’avenir de notre pays avec un regard neuf. Nous espérons que notre famille politique saura comprendre cette nécessité.”

Signataires :

Benoist Apparu, Maire de Châlons-en-Champagne,
Stéphane Beaudet, Maire de Courcouronnes, Christophe Béchu, Maire d’Angers,
Xavier Bonnefont, Maire d’Angoulême,
Delphine Bürkli, Maire du 9e arrondissement de Paris,
Pascal Coste, Président du Département de Corrèze,
Arnaud Danjean, Député Européen,
Gérald Darmanin, Maire de Tourcoing,
François Decoster, Maire de Saint Omer, Guillaume Delbar, Maire de Roubaix,
Franck Dhersin, Maire de Teteghem,
Eric Durand, Maire de Mouvaux,
François Durovray, Président du Département de l’Essonne,
Fabienne Keller, Sénatrice du Bas-Rhin,
Frédéric Leturque, Maire d’Arras,
Gaël Perdriau, Maire de Saint-Etienne,
Edouard Philippe, Maire du Havre,
Sébastien Lecornu, Président du Département de l’Eure,
Constance de Pélichy, Maire de la Ferté Saint-Aubin,
Agnès Poussier-Winsback, Maire de Fécamp,
Véronique Pouzadoux, Maire de Gannat,
Karl Olive, Maire de Poissy,
Philippe Rapeneau, Président de la Communauté urbaine d’Arras,
Boris Ravignon, Maire de Charleville-Mézières,
Franck Riester, Maire de Coulommiers,
Arnaud Robinet, Maire de Reims,
Matthieu Schlesinger, Maire d’Olivet,
Thierry Solère, Député des Hauts-de-Seine,
Frédéric Valletoux, Maire de Fontainebleau

La Méditerranée, cette absence qui ne laisse rien présager de bon

J’ai cosigné le 7 avril dernier dans L’Opinion une tribune avec un collectif de 23 maires et élus locaux de droite et du centre, dont Édouard Philippe (Le Havre), Gérald Darmanin (Tourcoing), Laurent Marcangeli (Ajaccio), Franck Riester (Coulommiers), Benoist Apparu (Châlons-en-Champagne) ou Arnaud Robinet (Reims)… où nous déplorons que la question méditerranéenne ne soit pas abordée lors de cette campagne présidentielle.

« On dirait qu’un cataclysme a brusquement déplacé l’axe du monde. Depuis 60 siècles il se trouvait au sud du continent, et le voilà fixé au Nord ». Ces mots furent écrits il y a près de cent ans par Henri Pirenne, historien belge précurseur de ce que l’on appellera l’Ecole des Annales dans un article fameux intitulé Mahomet et Charlemagne. Il y avançait l’idée que la conquête musulmane, en rompant l’unité méditerranéenne acquise depuis l’empire Romain, avait permis la constitution de l’Europe « carolingienne », c’est-à-dire l’émergence de la civilisation européenne telle que nous l’avons connue.

Mille deux cents ans après ce « basculement », nous peinons à comprendre ceux qui vont faire le monde de demain. L’exercice est, il faut le reconnaître, délicat. Mais essayons-nous seulement ? Nous posons-nous les bonnes questions ? L’avenir n’est certes écrit nulle part, mais il n’est pas absurde de s’y préparer malgré tout ! D’autant qu’il est déjà confusément contenu dans des transitions lourdes, engagées depuis plusieurs années, et que l’on peut raisonnablement prendre en compte dès maintenant.

La Méditerranée, par exemple. Elle a été notre mer commune pendant « 60 siècles », faisant naître sur ses rives les plus grandes civilisations et les œuvres plus remarquables de l’esprit humain ; puis une frontière et un champ de bataille entre Chrétienté et Islam pendant mille ans ; elle a été réunifiée par la force de la colonisation pendant un siècle. Elle est maintenant à l’heure de choix qui ne dépendent pas que de nous, Français et Européens, mais qui en dépendent en partie.

Que sont les réalités méditerranéennes ? La rive « sud », dans laquelle il convient de compter la Turquie, est sur « l’arc des conflits » qui s’étend du Maghreb au Caucase et à l’Asie centrale ; elle est empoisonnée depuis des décennies par le conflit israélo-arabe ; et toutes les sociétés musulmanes sont traversées par des tensions incroyablement fortes, allant jusqu’aux guerres civiles, entre forces modernistes et réactionnaires, tenants de l’ouverture ou du repli sur soi, espérances démocratiques et utopies religieuses totalitaires. La rive nord est celle de la démocratie libérale européenne, pacifique mais touchée par la crise, où montent les crispations identitaires et en panne de projet politique fédérateur.

Autour de cette mer commune, des hommes. De 1970 à 2000, la population des pays riverains est passée de 285 à 427 millions. De 2000 à 2025, elle se sera accrue de 100 millions supplémentaires, augmentation qui est essentiellement celle de la rive sud, africaine et asiatique : l’Europe méditerranéenne représentait 65 % de la population totale en 1950 ; elle ne compte que pour 40 % actuellement, et ce chiffre descendra à 35 % d’ici trente ans. Au Nord, l’urbanisation des côtes, la pression touristique et agricole sur les espaces naturels, les risques environnementaux ; au Sud, les mêmes maux, auxquels s’ajoute l’absence de débouchés et d’avenir pour des millions de jeunes.

Les ressources ne sont pas non plus réparties de façons égales : l’eau est au nord. La rive européenne détient 70 % des ressources du bassin méditerranéen, là où la rive sud comptera, à l’horizon 2050, près de 70 % de la population. Et la situation risque de s’aggraver plus rapidement encore si le risque climatique se confirme.

Nous parlons de nos rapports avec la Méditerranée du Sud en termes de sécurité, et c’est indispensable : le totalitarisme islamique nous fait la guerre, et la guerre civile fait rage à nos portes ; l’immigration, si elle devient incontrôlable, peut devenir une menace existentielle. Nous en parlons en termes moraux, et c’est bien : l’Europe ne serait pas l’Europe, et la France certainement pas la France, si nous ménagions nos efforts en faveur de la paix dans les pays du sud méditerranéen ou si nous nous enfermions dans l’indifférence face aux drames humanitaires en cours. En 2014, plus de 75 % des migrants qui sont morts dans le monde ont péri en Méditerranée !

Mais qui en parle en termes d’opportunités, de chance, et d’intérêt bien compris ? Pourquoi la question de nos relations avec la Russie, importante évidemment, en vient-elle à prendre autant de place dans notre débat démocratique au détriment de ce qui se passe à notre véritable, immédiate et plus dangereuse frontière : la rive sud de la Méditerranée ? Seul le candidat de la gauche radicale, notons-le, aborde régulièrement cette question, ce qui nous incite à saluer sa hauteur de vue mais certainement pas à acquiescer à ses solutions.

Où est la vision d’un Jacques Chirac, initiateur du processus de Barcelone en 1995 ? Où est le volontarisme d’un Nicolas Sarkozy, qui a en 2007 l’intuition formidable d’une Union pour la Méditerranée ? Qui formulera un projet faisant de la France le pivot de ce défi essentiel pour, excusez du peu, l’Europe, l’Afrique et le Moyen Orient ? Comment s’atteler à améliorer dans notre mer commune la gestion des ressources halieutiques et la lutte contre les pollutions, les échanges scientifiques et la politique énergétique, en particulier dans le domaine du solaire, la préservation d’un patrimoine historique gigantesque et souvent commun à tous nos pays, la culture et l’aide au « désenclavement » culturel : le monde arabe, et ses 400 millions d’habitants, traduit chaque année cinq fois moins d’ouvrages étrangers que la Grèce et ses 11 millions d’habitants ! Moins de 1 % de ce qui est traduit en France l’est de l’arabe, malgré l’importance des liens historiques et humains que nous avons avec ce bassin culturel. Comment faire tomber les préjugés et surmonter l’hostilité quand on ne lit jamais ce qu’écrit l’autre ?

Ces chantiers gigantesques doivent être ouverts. C’est l’intérêt de la France d’être en avance sur ces sujets. Encore faut-il que quelqu’un ait cette vision et nous propose de refaire de notre mer commune, à nouveau, un « axe du monde ». Que ces questions soient absentes de la campagne présidentielle ne laisse rien présager de bon ni de grand.

Edouard Philippe est maire (LR) du Havre, Gérald Darmanin est maire (LR) de Tourcoing, Laurent Marcangeli est maire (LR) d’Ajaccio, Jean Rottner est maire (LR) de Mulhouse, Franck Riester est maire (LR) de Coulommiers, Alain Chrétien est maire (LR) de Vesoul, Sébastien Lecornu est président (LR) du conseil départemental de l’Eure, Marie-Agnès Poussier-Winsback est maire de Fécamp, Matthieu Schlesinger est maire (LR) d’Olivet, Frédéric Valletoux est maire (LR) de Fontainebleau, Benoist Apparu est maire de Châlons-en-Champagne, Christophe Béchu est maire (LR) d’Angers, Arnaud Robinet est maire (LR) de Reims, Gil Avérous est maire (LR) de Châteauroux, Boris Ravignon est maire (LR) de Charleville-Mézières, Philippe Rapeneau est président (LR) de la communauté urbaine d’Arras, Xavier Bonnefont est maire (LR) d’Angoulême, Gaël Perdriau est maire (LR) de Saint-Etienne, Guillaume Delbar est maire (LR) de Roubaix, Frédéric Leturque est maire (UDI) d’Arras, Véronique Pouzadoux est maire (LR) de Gannat, Constance de Pelichy est maire (LR) de La Ferté St Aubin, Thierry Solère est président du groupe LR de la Région Ile-de-France.