Interview dans l’Opinion : “L’hôpital public réclame «un signal politique fort» pour se réformer”


Les faits –
Frédéric Valletoux, 48 ans, ancien journaliste, est maire UMP de Fontainebleau depuis 2005. Après Gérard Larcher, Claude Evin ou Jean Leonetti, il est élu en 2011 président de la Fédération hospitalière de France. A ce titre, il a rencontré cette semaine la ministre de la Santé Marisol Touraine pour évoquer sa future loi.

De la petite maison de retraite au gigantesque CHU, la Fédération hospitalière de France (FHF) regroupe la plupart des établissements sanitaires et sociaux du secteur public. Y sont représentés aussi bien les directeurs d’hôpital que les médecins et les élus locaux qui président de ces structures.

L’hôpital public réclame «un signal politique fort» pour se réformer

La future loi de santé de Marisol Touraine agite les cliniques, les médecins libéraux, mais pas l’hôpital. Parce qu’elle le protège ?

Le texte contient quelques avancées, sur la prévention ou sur la coopération entre hôpitaux. Mais nous déplorons surtout ses impasses : rien sur la démographie ni les déserts médicaux, rien sur la permanence des soins, rien sur le financement du système de santé, si peu sur le lien ville-hôpital. Sauf à être considérablement enrichi au Parlement, ce projet de loi est un texte bavard qui n’amorce pas de réforme structurante du système de santé, pourtant nécessaire.

Pensez-vous, comme la ministre, que généraliser le tiers payant en ville désengorgera les urgences ?

Dans l’enquête FHF-TNS Sofres de 2013, la gratuité est citée comme cinquième motif de recours aux urgences. On agite donc un sujet plutôt secondaire sans en traiter d’autres, fondamentaux. A titre personnel, il ne me semble pas sain de déconnecter le coût d’un service de la réalité de ce service. Je comprends les craintes des médecins sur la complexité administrative et je rappelle que plusieurs dispositifs permettent aux personnes fragiles de ne pas avancer de frais ; sans doute faudrait-il les faire connaître davantage.

Les cliniques privées qui accueillent des urgences, assurent des gardes, veulent elles aussi bénéficier du label «service public hospitalier» prévu par cette loi. Y êtes-vous opposé ?

Nous n’avons aucune posture idéologique. Mais nous sommes vigilants. Si les cliniques commerciales reçoivent des financements pour des missions de service public, elles doivent remplir effectivement ces missions et non sélectionner ce qui les intéresse : participer aux gardes la nuit et le week-end, accueillir les patients sans distinction de gravité ou de pouvoir d’achat, limiter les dépassements d’honoraires (près d’un milliard d’euros contre 65 millions dans les hôpitaux). Toutes ne le souhaitent pas.

Plus généralement, le privé accuse souvent les autorités de favoritisme envers l’hôpital public…

La critique est infondée. Les agences régionales de santé (ARS) n’ont aucun droit de regard sur les cliniques et leurs activités ! Elles n’ont pas connaissance de leurs comptes. C’est pourtant l’assurance-maladie, donc de l’argent public, qui les finance quasi-intégralement. Entendons-nous bien : nous n’avons aucune hostilité envers les cliniques. Leur concurrence nous stimule ; elles ont par exemple montré la voie sur la chirurgie ambulatoire. Mais nous n’assurons pas les mêmes missions. Le public, c’est là où on forme, on traite les maladies lourdes ou rares, on gère les situations de crise (plan Blanc, Ebola…), on accueillie 85% des urgences.

Le budget des hôpitaux atteint 67 milliards d’euros, leur déficit ne se réduit plus. Quelles sont les marges de manœuvre pour maîtriser les dépenses ?

Les déficits des hôpitaux publics sont inférieurs à 0,2% de leurs budgets : l’hôpital n’est pas un bateau ivre ! Toutefois, il doit participer à l’effort d’efficience. D’abord en généralisant les coopérations : en dix ans, plus de 700 structures se sont mises en place pour regrouper la logistique, les achats de médicaments, etc. La future loi les rend obligatoires, c’est une bonne chose. Ensuite en revoyant l’organisation du temps de travail. Il ne s’agit pas de remettre en cause la durée légale mais d’aplanir ses conditions d’application. Le nombre de jours de RTT va de 10 à 25 d’un hôpital à l’autre, les comptes épargne temps contiennent 2 millions de jours impossibles à financer… Par exemple, un plafond de 15 RTT par an permettrait de dégager l’équivalent de 3200 postes à temps plein, soit plus de 400 millions d’euros. Il faut aussi monter en puissance sur l’ambulatoire et s’attaquer aux actes inutiles. La pose de stents peut varier du simple au double entre deux départements comparables, le taux de césarienne aussi. Le simple fait de connaître ces données, dont l’assurance-maladie dispose, pousserait les médecins à réfléchir à leurs pratiques.

Le gouvernement demande plusieurs milliards d’économies à l’hôpital mais signe des accords avec les urgentistes, les internes… Subissez-vous des injonctions paradoxales ?

Oui, les signaux sont contradictoires. L’accord entre la ministre et les urgentistes coûtera 90 millions par an aux hôpitaux, à comparer aux 400 millions de déficit de 2013. Et surtout, c’est une révolution : les médecins hospitaliers ont toujours décompté leur travail par demi-journée, les urgentistes vont maintenant être à la pointeuse ! D’autres exigent déjà la même chose, l’effet de contagion va jouer. Au-delà, on est passé en un an et demi de la présentation d’une stratégie nationale de santé ambitieuse, cohérente et suscitant une large adhésion, à une déception et une tension jamais vue trois mois avant l’arrivée d’un texte au Parlement. Le monde de la santé est profondément perturbé et le gouvernement éteint les incendies les uns après les autres : internes, urgentistes, cliniques…

Comment se dépêtrer des difficultés liées aux 35 heures ?

Juridiquement, un directeur d’hôpital peut très bien remettre à plat un accord dans son établissement. Mais aucun ne se lancera dans un chantier si risqué socialement sans signal politique fort de soutien qui ne peut être que national. Tous ont en tête l’hôpital Paul-Guiraud, à Villejuif, où le directeur, chargé de rééquilibrer les comptes, a été lâché quand il a voulu revoir les 27 jours de RTT annuels. Le discours gouvernemental est schizophrène : quand nous soulevons le problème, il répond « circulez, y’a rien à voir », puis il accorde, en dehors de toute vision globale, des mesures catégorielles aux urgentistes et aux internes dont les revendications portent justement sur le temps de travail.

De même, l’ambulatoire ne produira d’économies que si des effectifs sont supprimés en chirurgie classique mais personne ne l’explicite…

Le nombre de lits a déjà reculé de 15% en dix ans, passant de 307000 à 258000. Le personnel a crû sur la même période mais la fréquentation de l’hôpital aussi. Il y a en effet un discours de vérité à tenir : le développement de l’ambulatoire aura des conséquences sur l’emploi. Il faut l’assumer.

Il y a cinq ans, le ministère de la Santé promettait de fermer les services de chirurgie ou de cancérologie réalisant peu d’actes, pour des raisons d’efficience économique et de qualité des soins. Aujourd’hui on subventionne les petits hôpitaux. Y a-t-il eu un virage à 180 degrés ?

Non, heureusement pour la sécurité sanitaire. L’approche nationale menée sous Roselyne Bachelot a été abandonnée : le recensement des services n’atteignant pas un certain quota d’actes n’est même pas allé à son terme. Néanmoins, sur le terrain, les choses avancent discrètement, grâce à la logique de coopération qui permet de maintenir l’accès aux soins tout en arrêtant de vouloir tout faire partout. Le CHU de Lille coopère par exemple avec les hôpitaux de la région et les médecins libéraux, il joue pleinement son rôle de cœur de réseau. Chez moi, entre les hôpitaux de Montereau, Nemours et Fontainebleau, nous allons vers une spécialisation progressive avec un projet médical commun. La carte hospitalière ne sera jamais figée définitivement, ce serait faire abstraction des évolutions dans la façon de soigner, dans les technologies.

Télémédecine, chirurgie ambulatoire, objets connectés de santé pour la prévention… Ira-t-on encore à l’hôpital dans vingt ans ?

On ne construira sans doute plus d’hôpitaux cathédrales. Mais nous aurons toujours besoin de lieux de formation, de recherche, de prise en charge des cas complexes, de plateaux techniques lourds… Les CHU resteront les principaux lieux d’expertise, de compétences, mais grâce à ces nouvelles technologies, ils travailleront moins en autarcie et plus en réseau avec les hôpitaux et les professionnels de santé de ville alentours. Cela suppose deux choses. D’abord des investissements. Or, je suis inquiet du coup de frein sévère actuel ; nous sommes tombés à 4 milliards d’euros d’investissements par an contre 6 milliards il y a quelques années. Nous plaidons notamment pour un grand plan de e-santé. Ensuite, nous avons besoin de souplesse, de libérer les énergies. Or les agences régionales de santé ont été musclées sans dégraisser l’échelon national. La bureaucratie étatique s’en donne à cœur-joie : chaque directeur d’hôpital a reçu 232 circulaires en 2013, dont une de 80 pages sur des indicateurs pour mesurer la satisfaction des patients – indicateurs que personne n’analysera ! La machine s’emballe. Les hôpitaux crèvent de cette bureaucratie. J’ai alerté le président de la République de cette inflation normative, j’ai réclamé à Thierry Mandon un choc de simplification pour l’hôpital, mais je ne vois rien venir.

Tiers payant: le président de la Fédération hospitalière de France “comprend les craintes des médecins”

A lire ci-dessous la dépêche AFP parue au sujet de la positionde la FHF que je préside, sur la généralisation du tiers payant.

PARIS,  8 janvier 2015 (AFP) – Le président de la fédération hospitalière de France (FHF) Frédéric Valletoux a dit “comprendre les craintes des médecins” sur la généralisation du tiers payant, questionnant la pertinence de cette mesure phare du projet de loi santé, dans une interview parue jeudi dans l’Opinion.
“Je comprends les craintes des médecins sur la complexité administrative”, a affirmé Frédéric Valletoux, en référence aux arguments brandis depuis des semaines par les médecins libéraux contre la généralisation du tiers payant – dispense d’avance de frais – d’ici à 2017.
Les médecins, qui ont entamé lundi une “grève administrative”, craignent notamment de se retrouver à la solde de l’Assurance maladie et des centaines de mutuelles existantes, en n’étant plus directement payés par les patients.
“A titre personnel, il ne me semble pas sain de déconnecter le coût d’un service de la réalité de ce service”, déclare Frédéric Valletoux, le tiers payant étant pourtant pratiqué à l’hôpital public.
Pour la ministre de la santé, Marisol Touraine, c’est d’ailleurs l’application du tiers payant qui pousse de nombreux Français vers les service d’urgences des hôpitaux. Son extension à la  médecine de ville permettrait ainsi de désengorger ces services d’urgences, estime-t-elle.
“La gratuité est citée comme cinquième motif de recours aux urgences”, derrière la garantie d’être hospitalisé en cas de besoin ou la possibilité d’effectuer des examens complémentaires, rappelle pour sa part Frédéric Valletoux, citant une étude FHF-TNS Sofres publiée en 2013.
“On agite donc un sujet plutôt secondaire sans en traiter d’autres, fondamentaux” comme les déserts médicaux, juge le président de la FHF, qualifiant le projet de loi “de texte bavard qui n’amorce pas de réforme structurante du système de santé”.
“On est passé en un an et demi de la présentation d’une stratégie nationale de santé ambitieuse, cohérente et suscitant une large adhésion, à une déception et une tension jamais vue trois mois avant l’arrivée d’un texte au parlement”, a-t-il regretté.
Le projet de loi santé cristallise les tensions dans le monde médical depuis sa présentation en octobre. Il doit être discuté à l’Assemblée nationale au printemps.

Report de la Cérémonie des Voeux du Maire

Le Président de la République a décrété pour aujourd’hui une journée de deuil national. En conséquence, la cérémonie des voeux du maire de Fontainebleau est annulée, et reportée au jeudi 15 janvier à 19h30 au théâtre municipal. 

A l’initiative des maires du Pays de Fontainebleau, une marche silencieuse sera organisée le samedi 10 janvier à 11h (départ devant l’Hôtel de Ville de Fontainebleau), en hommage aux victimes de cette tuerie atroce.

Pour une année de rassemblement et d’audace

Au premier jour de cette nouvelle année, je tiens à vous souhaiter, à toutes et tous, une très belle et heureuse année 2015.

Je forme pour chacun, pour vos familles et amis, des vœux d’épanouissement et d’accomplissement, avec une pensée toute particulière pour ceux qui sont confrontés à la maladie ou la solitude. Pour chacune de ces personnes, je veux croire que les familles et les amis forment un rempart efficace contre l’isolement. 

Cette année, il faudra à titre personnel, mais aussi collectivement, faire preuve d’audace, d’esprit d’initiative et de solidarité pour faire de 2015 une année meilleure que celle qui s’achève.

En effet, face à la situation difficile de notre pays, à l’absence de perspectives économiques positives, face enfin à la fragilisation et au risque de fragmentation de notre société, cette année devra être placée sous le signe du rassemblement, dans l’espoir d’une France qui, sur l’essentiel, sache s’accorder pour s’unir. 

Dans cette période difficile et incertaine, les collectivités locales dont nous, élus, avons la charge vont être mises à rude épreuve. Et c’est particulièrement vrai pour les communes. Ce contexte doit alors nous conduire à repenser nos modes de fonctionnement, à nous concentrer sur le cœur de l’action publique, mais aussi à accélérer la mutation de nos villes. L’audace est une vertu, surtout en temps de crise. 

À Fontainebleau, le travail de modernisation et d’embellissement va se poursuivre et 2015 va être une année de concrétisation ou d’achèvement de nombreux chantiers (Stade, Église, place de la République, bibliothèque, deuxième cinéma, quartier de la Faisanderie), mais aussi de démarrage de plusieurs autres. Je pense notamment à l’Hôpital, un dossier qui me tient particulièrement à cœur. 

Pour chacun de ces projets, comme dans la conduite des affaires au quotidien, c’est bien en privilégiant l’esprit de rassemblement que je compte continuer à agir. À l’exemple du fonctionnement de la communauté de communes du Pays de Fontainebleau, où main dans la main, l’ensemble des élus des communes membres, nous avançons dans le respect mutuel qui n’exclut pas les débats mais permet d’aboutir au consensus et à la concorde. 

Mes chers amis, je souhaite qu’à l’aube de cette nouvelle année chacun et chacune d’entre vous puisse trouver à travers son travail, ses propres talents, sa famille, ses activités associatives ou électives, sa façon de contribuer au mieux vivre ensemble, qui est notre moteur le plus puissant.

Avec l’équipe qui m’entoure, c’est ce que nous faisons tous les jours, toujours animés par la même passion.

Fidèlement.

Frédéric Valletoux