Mon discours à l’occasion des 70 ans de la Libération du Pays de Fontainebleau

Discours prononcé devant l’Hôtel de Ville par Frédéric Valletoux,
maire de Fontainebleau,
 le 23 août 2014
à l’occasion des 70 ans de la Libération du Pays de Fontainebleau
(seul le prononcé fait foi)

23 août 2014

“Mesdames et Messieurs les maires,

Mesdames et Messieurs,

Ici-même, il y a 70 ans jour pour jour, sur cette artère principale de notre Ville, les soldats du 20ème corps, appartenant à la 3eme armée américaine commandée par du Général Patton, débouchaient de la route d’Etampes pour aborder notre agglomération par le carrefour de la Fourche, devenu d’ailleurs depuis le carrefour de la Libération.

Ici même, à Fontainebleau, après quatre ans d’occupation et la présence importante de soldats installés dans les nombreuses casernes de la Ville, la population voyait le bout de ce sombre tunnel en apercevant les chars, les hommes à pied et les véhicules légers américains, un convoi d’un peu plus de 800 hommes.

En cet été 44, la main de fer de l’occupant nazi et de ses relais que sont les institutions de Vichy, la Milice et les collaborationnistes actifs, se fait sentir à Fontainebleau comme ailleurs. Il faut rappeler que notre ville, ville de garnison, a un temps accueilli le commandement ouest de l’armée allemande qui comprenait 60 généraux et 12.000 hommes.

Et puis le débarquement du 6 juin réussi, les premières villes libérées, les actions plus intensives de la Résistance pour fragiliser l’organisation des troupes d’occupation font naître l’espoir. Le vent de la Liberté retrouvée se lève progressivement dans tout le pays.

Corollaire de cette situation nouvelle dans notre pays, l’occupant nazi se raidit, durcit la répression, multiplie les arrestations, les actes de torture, les assassinats.

Et, ici à Fontainebleau, à Avon et dans tous les environs, cet été 44 restera aussi dans les mémoires pour des actes de barbarie d’une armée nazie et de collaborateurs zélés qui sans doute sentent la fin proche.

Le 7 juillet, c’est à un kilomètre d’ici, en foret de Fontainebleau, au bord de la route de Nemours, que Georges Mandel est assassiné.

Le 21 juillet, 22 prisonniers, pour l’essentiel des résistants, sont sortis par les nazis de la prison de la rue du Sergent Perrier pour une destination alors inconnue. Le 17 août, même scénario, 14 autres personnes sont elles aussi emmenées. Ou sont-ils emmenés ? On ne le saura qu’endécembre 44, lorsque des soldats américains découvrent un charnier dans la clairière de Chanfroy, à Arbonne. Là, ces 36 personnes ont été assassinées.

De cette même prison, au cours de ces semaines cruciales, des convois continueront de partir pour emmener des prisonniers français dans les camps nazis.

Dans les jours qui précèdent l’arrivée des américains, c’est l’effervescence dans l’armée nazie, l’organisation du repli, la préparation des lignes de défense. Dès le 15 août, des premiers convois de militaires et de membres de la Gestapo quittent Fontainebleau. Les rumeurs d’une arrivée imminente des troupes américaines sont de plus en plus insistantes. Le 18, trois bombes tombent non loin de Fontainebleau.

Puis le 23 août, aux environ de 12h, ce sont les premiers GI qui apparaissent au débouché de la route de Milly.

Dans le livre d’or de la mairie, qui depuis 1925 retrace les moments forts de la vie municipale et les visites de personnalités, une double page est consacrée à ce moment historique.

« L’an 1944, le mercredi 23 août à 14 heures, une voiture américaine dans laquelle se trouvait le Major Georges Geddy, de l’armée des Etats-Unis, le capitaine français Pierre Jacobbi, des Forces françaises libres et des capitaines d’infanterie américaine Kenneth Hugues et Robert Setman s’est présentée à l’Hôtel de Ville de Fontainebleau.

Ces personnalités ont été reçues par M. Dumesnil, sénateur-maire, ancien ministre, au coté duquel se tenaient MM Maurice Cabaret, Paul Bernard, Jean Leroux, ses adjoints.

Ces officiers apportaient le salut de la Grande Nation américaine et du représentant du Général de Gaulle, constituant ainsi le symbole de notre délivrance du joug teuton, sous lequel nous avions vécu quatre longues années. Ils faisaient partis du 20ème corps d’armée du Général Patton.

Fontainebleau était délivré.

Au moment où toutes les fenêtres de la Ville se couvraient de drapeaux et d’oriflammes (cachés depuis si longtemps) et au milieu de l’immense joie que manifestait la foule, à l’Hôtel de Ville un acte important se déroulait.

En effet, à 16 heures, le capitaine Jacobbi faisait connaître à M. Dumesnil qu’à l’instant même, et en vertu d’un mandat qu’il avait reçu du Général de Gaulle, il installait en lieu et place du précédent conseil municipal un Comité directeur chargé d’assurer provisoirement la direction des affaires municipales, ayant à sa tête M. Jean Girardin, entouré de MM Bel, Pajot, Vidal, Rigollet, M. le colonel Aurisse et les membres de la Résistance. (…) »

A Fontainebleau, comme ailleurs, la libération provoque son lot de troubles, de vengeances, de règlements de compte. Dès le 23 août, une quarantaine de femmes susceptibles d’avoir eu des relations intimes avec l’occupant sont tondues publiquement. Il faut d’ailleurs lire sur la libération de Fontainebleau, l’article très bien documenté de Jean-Claude Polton dans le dernier numéro de la revue d’histoire de la Ville et de sa région, pour revivre par le menu les événements de ces journées capitales et saisir l’ambiance de notre ville à ce moment.

Puis il y eu la bataille de Valvins, les nazis s’étant retranchés sur la rive droite de la Seine pour tenter de rendre impossible son franchissement par les américains.

Puis, une fois passés Fontainebleau, les américains ont continué jusqu’en Allemagne…

Au cours de cette année 44, comme au cours de l’ensemble de la guerre, beaucoup de Bellifontains, Avonnais ou habitants des villages environnants se sont illustrés, car ils ont fait le choix de la résistance active, de la désobéissance, de l’entraide aux juifs ou aux résistants. Certains noms viennent spontanément, comme ceux de Rémy Dumoncel, le maire d’Avon, du Père Jacques, père principal des Carmes d’Avon, de Paul Mathéry le secrétaire général de la mairie d’Avon, d’Emile Junguenet, du colonel de Larminat, de Pierre Serviat, tous trois étant à la tête de groupes de résistants. On peut citer aussi le bellifontain Ballen de Guzmann, bellifontain qui fut l’un des fondateurs de l’automobile club de France, déporté en 1942, ou le commissaire Calas et le colonel Edmond, déportés eux aussi. Tant d’autres pourraient être cités.

Si le temps finit par estomper le détail des choses, rien de doit nous faire oublier l’engagement de certains, leur courage jusqu’à parfois le sacrifice de leur vie.

Nous ne devons pas oublier non plus ceux qui ont débarqué en Normandie sans rien connaître de notre pays.

Mme la représentante de l’Ambassade des Etats-Unis, notre cérémonie d’aujourd’hui doit être l’occasion de marquer notre respect et notre admiration pour ces soldats qui sont venus se battre – et pour beaucoup mourir – afin de libérer notre pays et restaurer la paix sur notre continent.

Cette dette de sang, nous l’avons tous à l’esprit. Tous les Français, tous les européens savent ce qu’ils doivent, Monsieur le représentant de l’Ambassadeur des Etats-Unis, à votre grand pays.

Ici, dans le Pays de Fontainebleau, nous avons peut-être plus qu’ailleurs la mémoire de ce lien fraternel et historique qui unit nos nations. Fontainebleau a en effet eu l’honneur d’accueillir jusqu’en 1967 l’Etat-major des forces alliées Centre-Europe de l’OTAN et nombreux étaient les soldats américains et alliés qui séjournaient ici.

Et comme nous accueillons aussi le commandement en France de la Bundeswehr, et ce depuis 1947, nous sommes ici sur une terre où se vit chaque jour la coopération militaire, donnant du sens à cette unité retrouvée d’un continent qui aujourd’hui aspire à la Paix et à la coopération entre les Nations.

Avant de finir, je veux citer le Général Eisenhower, ancien Commandant supérieur des Forces Alliées, qui, dans son dernier discours à la Nation américaine, en 1961, rappelant notamment le sacrifice des soldats de la Liberté, déclarait : « Alors que nous envisageons la société future, nous devons éviter la tentation de vivre seulement pour le jour qui vient, pillant pour notre propre aisance, et à notre convenances les précieuses ressources de demain. Nous ne pouvons pas hypothéquer les actifs de nos petits-enfants sans risquer de dilapider également leur héritage politique et spirituel. »”